dimanche 3 août 2014

Mali : Comment ne pas s’engager pour la paix et le développement ?

(Article publié le 03 juin 2014 (mon anniversaire) par Financial Afrik, par le journal Les Echos du Mali, le 09 juin 2014 par Les Echos (Le Cercle) en France et republié par Malijet, Maliweb...)




Depuis plus de deux ans, le Mali est en proie à une crise multiforme dont il peine à se remettre. Les récents soubresauts militaires au nord du pays et son écho politique au sud ne sont pas de nature à faciliter le retour d’une paix durable. Le Mali a vacillé, il est même tombé mais il se relèvera. Car, comme le dit le poète, tomber a été inventé pour se relever. Engageons-nous pour le Mali !




La République du Mali est un pays africain, sans littoral, situé dans la bande sahélo-saharienne et frontalier de sept pays (Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, Sénégal). Indépendant depuis le 22 septembre 1960, c’est un pays de 15 millions d’habitants (dont près de la moitié a moins de 15 ans) qui peuplent une superficie de 1 240 238 km² (le 8ème le plus vaste d’Afrique et le 22ème au monde) dont les deux tiers sont quasi-désertiques.


Berceau de vieilles civilisations et héritier de grands empires africains, le rayonnement du Mali s’est abreuvé de la richesse exceptionnelle de son patrimoine et de la diversité culturelle de ses populations. C’est un pays tolérant, accueillant et attachant dont la tradition d’hospitalité est légendaire. C’est aussi un pays riche de sa jeunesse, de ses terres et de ses ressources minières.
Aujourd’hui, le Mali menacé dans sa cohésion sociale et dans son intégrité territoriale, cherche sa voie face à ses propres contradictions. Celles-ci ont été portées à incandescence en 2012, par la combustion d’une double crise, une rébellion armée au nord du pays et un putsch militaire au sud.




Les raisons de mon engagement​




Face à tant de défis qui étreignent le Mali, et au moment où les autres nations payent de leur sang et de leurs économies pour le sauver, beaucoup d’interrogations me viennent à l’esprit.


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il peine à sortir de la crise la plus grave de son histoire, meurtri dans sa chair et dans son âme ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il fait partie des six pays les « moins avancés » du monde et est classé parmi les pays les plus corrompus de la planète ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque sa souveraineté est remise en cause, ses fondements déracinés, sa sécurité ébranlée, ses infrastructures amoindries ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’une infime minorité de Maliens soustrait, frauduleusement et régulièrement, des dizaines de milliards de francs CFA des caisses publiques alors que l’immense majorité de la population vit avec moins de 1 euro par jour ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’une cinquantaine de tonnes d’or est extraite chaque année de son sous-sol par les multinationales et que seulement une infime partie de cette richesse revient à l’Etat malien, et presque rien aux populations riveraines ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’on retrouve des milliers de jeunes Maliens,  affamés et apeurés, dans les cales de bateaux et dans les coffres des voitures traversant la Méditerranée, et finissant assez souvent l’aventure dans les fonds des mers, sur les dunes de sable, et au mieux dans les centres de rétention et de détention, en y laissant l’ultime soupir de leur rêve, celui de la quête d’un mieux-être en Europe ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque le patriotisme relève plus du fantasme, du paraître et de la démonstration  que de la conviction et du dépassement ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’après vingt-trois ans d’exercice démocratique, une centaine de partis politiques et des milliers d’associations, la voix du pays profond est inaudible, les institutions sont fragiles et la démocratie chancelante ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, jadis pressenti pour être le « grenier de l’Afrique de l’Ouest » avec deux des plus grands fleuves d’Afrique, le Niger et le Sénégal, irriguant des millions d’hectares de terres cultivables, et que quatre-vingt ans plus tard, le Mali n’arrive même pas à assurer la sécurité alimentaire de sa population ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, alors que des milliers de femmes Maliennes continuent de mourir en donnant la vie et que près du quart des enfants Maliens, auxquels s’ouvraient les promesses de la vie, meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, où près d’un siècle après l’implantation de la première banque, 9 personnes sur 10 ne disposent toujours pas de compte bancaire, et que l’économie nationale n’est financée qu’à hauteur de 20% par le secteur bancaire ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque les Etats voisins innovent, produisent,  se modernisent, se développent et que nous, nous continuons à nager dans les eaux glauques de la corruption, du sous-développement, de la pauvreté et à prospérer dans la division et la désunion ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, à tomber dans la fatalité et à se dire que « ce pays ne se redressera jamais », et continuer à s’agripper à un pseudo «petit confort » personnel, en refusant d’ouvrir certaines « portes » de peur d’avoir à faire face à la réalité et donc à ses propres responsabilités ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, ce beau pays qui nous a donné la fierté indicible d’appartenir à un grand peuple, un grand continent, avec même le privilège et l’honneur d’être Malien et Africain ?


Comment ne pas répondre à la demande d’espoir de son pays par une offre d’engagement citoyen, avec la belle récompense du devoir accompli ?


Comment ne pas s’engager pour le Mali, pour l’Afrique, maintenant et tout de suite ?


Quel pays voulons-nous laisser aux générations futures ? Un pays corrompu, sous-développé et divisé ? Ou un pays en paix avec lui-même et les autres, un et indivisible, uni, prospère et solidaire, démocratique, avec une bonne gouvernance et des institutions fortes, où la majorité gouverne et les minorités sont protégées, où les libertés publiques et individuelles sont garanties et respectées ?
Face à tant d’atouts, d’enjeux et surtout de défis, un seul choix se présentait à moi : m’engager. M’engager pour la cause nationale, l’émergence d’un Mali nouveau. M’engager pour un destin continental, l’éclosion d’une Afrique nouvelle. Nelson Mandela ne m’a guère laissé le choix, lui qui disait : « Il faut savoir s’oublier soi-même pour servir son peuple. » Mon seul parti, c’est le Mali. C’est l’Afrique.


Ce combat, je le veux digne, fort et humain. Les difficultés sont évidentes et doivent être affrontées et vaincues dans un combat homérique. Car, comme l’écrivait Pierre Corneille dans son ouvrage Le Cid, « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».




Gagner seul ou Vaincre ensemble ?




Le logiciel de développement de notre pays n’est plus adapté aux enjeux du monde actuel, d’une Afrique en mouvement. Pire, il est en panne. Il va falloir réinventer, retrousser davantage les manches, prendre des initiatives heureuses et audacieuses, et accélérer la cadence. Le charismatique président américain, John Fitzgerald Kennedy disait : ” Le temps est un outil, pas un lit pour dormir”.
Pour le tribun français Hervé Sérieyx, « rien n’est plus ridicule que le mythe du gagneur, cet individu mirobolant qui traverse la vie, saluant d’un sourire américain aux dents étincelantes les successives victoires de son existence ». A l’évidence, « vaincre ensemble » est la seule option qui vaille pour notre peuple : la formule gagnante pour s’assurer des lendemains plus apaisés.


Mais, attention ! Travailler ensemble ce n’est pas faire tous la même chose. Travailler ensemble ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’oppositions et même de tensions, entre nous ou avec les autres, et que tout doit être linéaire. Ensemble ne veut pas dire que si les 15 millions de Maliens d’aujourd’hui ne partent pas d’un trait, il faut annuler la course au développement. En d’autres termes, il ne faut pas attendre que tout le monde soit d’accord pour démarrer. Dans ce cas, la locomotive ne sortira jamais de la gare. On ne peut pas continuer à enseigner la natation sans jamais toucher à l’eau.


Ensemble veut dire tous ensemble, sans laisser aucun Malien, aucune partie de notre pays sur le carreau, à la merci de la pauvreté et du sous-développement qui sont en réalité les seuls et vrais ennemis du Mali. Les actions peuvent être plurielles – c’est même souhaitable – mais elles doivent être cohérentes car l’objectif est unique : assurer la paix et la sécurité indispensables à l’émergence économique et sociale du Mali. Et, au-delà de l’Afrique. C’est une aventure commune qui donnera naissance à une œuvre collective.




Une ambition collective




La situation est certes complexe et difficile. Et en même temps, elle est porteuse de changements. Les signes d’espérance sont plus forts que les contraintes de parcours. Mais, la solution ne fonctionnera pas à l’envie. Il ne suffira pas d’avoir bien parlé, bien écrit et bien rapporté. Il faut jouer collectif et libérer les énergies. Il faut de l’action, réfléchie et utile, à partir des dynamiques nouvelles et des alternatives crédibles pour une paix durable et un développement accéléré et équilibré. C’est une tâche immense et il est aujourd’hui urgent de s’y engager. C’est une exigence nationale qui requiert la mobilisation de tous. Ne nous embaumons pas d’illusions et dans l’enfermement.


Personne ne fera le développement du Mali à la place des Maliennes et des Maliens. Cela n’est plus une question de choix. C’est une réalité existentielle. A regarder de près la situation du pays et à remonter aussi loin dans son histoire contemporaine, le Mali a un seul gros problème, générateur de toutes ses indigences. Et ce mal a un nom : la Corruption. Comme conséquence de la mauvaise gouvernance et du manque de civisme et de patriotisme. Mais, fort heureusement, le Mali dispose d’un atout réel. Une vraie solution, à portée de main et de bourses : l’Agriculture. Comme un effet de levier, une autoroute de croissance pour l’ensemble des secteurs d’activités. Les ressorts du changement existent. Il faut simplement du courage et de la lucidité politique pour s’en convaincre.
Le prix Nobel de littérature, le dramaturge irlandais George Bernard Shaw disait : « Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent : pourquoi ? Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ? »


Mon engagement, à l’instar de celui de milliers de Maliens et d’amis du Mali, s’inscrit dans la verticalité. Il transcende les urgences, les alternances et les variations politiques, et va au-delà des agendas personnels. Il se propose de fédérer les ambitions individuelles en une seule et véritable cause commune, celle du Mali.




L’objectif clairement affiché est de faire du Mali une puissance émergente où règnent la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire. Un pays de stabilité et de sérénité qui maîtrise son changement. Le temps de la responsabilité est donc venu. Avec, celui de la justice, du pardon et du labeur. Car, en vérité, ce qui est important aujourd’hui, c’est le Mali. L’honneur du Mali et le bonheur des Maliens.






Cheickna Bounajim Cissé, extrait de mon ouvrage « Les défis du Mali nouveau » publié par Amazon.

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