dimanche 3 mars 2019

LA BCEAO A REAGI (OFFICIELLEMENT) AU LIVRE "FCFA - FACE CACHEE DE LA FINANCE AFRICAINE"...






La Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), à travers sa direction nationale pour le Mali, a répondu à l'émergentier Cheickna Bounajim Cissé qui a bien voulu lui adresser un exemplaire de l'ouvrage "FCFA - Face Cachée de la Finance Africaine".

Par courrier n° 754 daté du 25 février 2019, la BCEAO exprime ses encouragements à l'auteur pour les "recherches" qu’il mène "sur les questions économiques se rapportant à notre sous-région".

Cette réaction positive de l'institut d'émission de l'UMOA prouve, une fois de plus, qu'elle n'est pas dans une logique de confrontation et qu'elle reste ouverte. Elle vient aussi démentir les procès d’intention à son encontre.

Combien d’amis, de connaissances et d’anonymes (la quasi-totalité de mes collègues du secteur bancaire), certains de bonne foi, m’ont déconseillé de critiquer et d’écrire sur le franc CFA (pour ne pas subir le « courroux des autorités publiques et monétaires ») ?

Et ce n'est pas la première fois que la Banque Centrale réagit à mes publications. Ce fut le cas aussi lors de la parution de mon précédent ouvrage "Construire l'émergence, un pacte pour l'avenir" (BoD, novembre 2016, 736 pages) dont l'axe d'action n° 11 est consacré à la question monétaire ("Renforcer le rôle de la monnaie au service de l'émergence").

Les sages mossi disent : "Si quelqu'un fait un saut dans le feu, il lui reste encore un autre saut à faire." Comme indiqué dans mon livre, je réitère ma demande aux dirigeants de la BCEAO, de la BEAC et de la BCC à franchir le cap, à susciter et à organiser des débats transparents et contradictoires sur la monnaie et sur leur politique monétaire. Tout le monde y gagnera !

lundi 4 février 2019

LA FRANCE DISPOSE-T-ELLE D’UN « DROIT DE VETO » DANS LES BANQUES CENTRALES AFRICAINES DE LA ZONE FRANC ?

L’économiste et banquier Cheickna Bounajim Cissé vient de publier «FCFA – Face Cachée de la Finance Africaine » (Ed. BoD, 2019). L’auteur revient sur la polémique liée à la présence de la France dans les organes de décision des banques centrales africaines de la zone franc.

L’ancienne puissance coloniale dispose-t-elle réellement d’un « droit de veto » dans les banques centrales de ses ex-colonies africaines ? Dans cette cavalcade, où chacun parle pour sa paroisse, faisons recette cette morale de Montesquieu : « L’équité naturelle demande que le degré de preuve soit proportionné à la grandeur de l’accusation ».

(…) Le rapport de force entre la France et les pays africains de la zone franc va bien au-delà d’un décompte arithmétique de voix et d’une lecture faciale des textes statutaires…

Lisez la suite sur le site de Financial Afrik : https://www.financialafrik.com/2019/02/04/la-france-dispose-t-elle-dun-droit-de-veto-dans-les-banques-centrales-africaines-de-la-zone-franc/

samedi 26 janvier 2019

Les curiosités du franc CFA - Curiosité n° 2 : "La garde de l’or des banques centrales africaines en France".


L’économiste et banquier Cheickna Bounajim Cissé vient de publier « FCFA - Face Cachée de la Finance Africaine » (Ed. BoD, 2019). L’auteur révèle, entre autres, les étrangéités de cette monnaie septuagénaire. En voici quelques extraits du chapitre 4. Focus sur la curiosité n° 2 : "La garde de l’or des banques centrales africaines en France".




P 212-229

Au cœur des contrastes dans l’espace zone franc, le dépôt de la quasi-totalité du stock d’or des PAZF se trouve en France, et cela sans commune mesure avec les exigences conventionnelles.

En effet, les réserves en or détenues par les banques centrales africaines de la zone franc sont de 42,7 tonnes à fin décembre 2017, ainsi réparties : BCEAO (1 174 234,76 onces d’or soit 36,5 tonnes), BEAC (201 865,827 onces d’or soit 6,2 tonnes), et BCC (insignifiant). Ce volume ne correspond qu’à 1,7 % de l’encaisse-or de la Banque de France (2 436 tonnes[1]).

(…) Au 31 décembre 2017, le volume du stock d’or détenu par la BCEAO s’établit à 1 174 234,76 onces (36 522,7837 kg), soit environ 36,5 tonnes d’or. La contre-valeur de ces actifs est de 811 milliards de FCFA, contre 840 milliards un an plus tôt. D’après l’institution communautaire, la diminution de 29 milliards de FCFA des avoirs en or est liée à la dépréciation du cours moyen de l’once d’or sur la période. La méthode de comptabilisation est précisée dans la note d’information sur les états financiers 2017…

(…) Seuls 10 % des avoirs en or de la BCEAO sont détenus sur le territoire de l’UMOA. L’essentiel (90 %) est en dépôt dans les coffres de la Banque de France pour une valeur estimée à 728 milliards de FCFA à fin décembre 2017.

(…) Selon les données d’août 2016 de International Financial Statistic[2], les plus gros détenteurs d’or dans le monde bancaire sont : les États-Unis (1er, 8 133 tonnes), l’Allemagne (2e, 3 378 tonnes), le Fonds monétaire international (3e, 2 814 tonnes), l’Italie (4e, 2 451 tonnes), la France (5e, 2 435 tonnes), la Chine (6e, 1 823 tonnes), la Russie (7e, 1 499 tonnes) et la Suisse (8e, 1 040 tonnes). Ils représentent 78,6 % des réserves d’or mondiales détenues par les banques centrales. Le cas de la Suisse est un peu atypique. Environ le tiers de ses réserves en or est détenu à l’extérieur : 20 % en Angleterre et 10 % au Canada. Entre 2000 et 2008, à la suite d’une décision du Parlement helvétique de supprimer le lien entre l’or et le franc, la Banque nationale suisse (BNS) a vendu 1 550 tonnes d’or[3]. Le stock résiduel est de 1 040 tonnes d’or.

L’UMOA (8 pays réunis), avec 36,5 tonnes d’or détenues par sa banque centrale (BCEAO), est classée à la 50e place mondiale, loin derrière certains pays africains : l’Algérie (25e, 173 tonnes), l’Afrique du Sud (29e, 125 tonnes), la Libye (31e, 116 tonnes), l’Égypte (41e, 75 tonnes).

(…) C’est tout de même curieux que toutes les banques centrales du monde puissent aimer l’or, (encadré no 10) au point d’en raffoler, et que sous nos tropiques, les instituts d’émission puissent presque se passer de ce « métal éternel » et même s’en lasser. D’abord, en ne conservant qu’une partie très modeste, voire insignifiante (0,12 %) des réserves d’or des banques centrales dans le monde (estimées à 30 000 tonnes[4]). Ensuite, que ce quantum puisse être pratiquement stable durant des décennies, alors que plusieurs États membres de l’UMOA sont de gros producteurs d’or. Ceux-ci ont produit 104,2 tonnes d’or (Mali 46,5 tonnes, Burkina Faso 36,4 tonnes, Côte-d’Ivoire 20,1 tonnes, Niger 1,2 tonnes) en 2015 pour une valeur totale de 2 615 milliards de FCFA. Enfin, plus surprenant, que la garde de la presque totalité (90 %) des avoirs en or de l’UEMOA soit confiée à la France. Lors de son passage au Burkina Faso, le président Emmanuel Macron a rappelé aux étudiants l’importance de l’or pour une banque centrale : « Si vous aviez une banque indépendante, vous devriez avoir des réserves [en or] de cette banque centrale pour avoir de la crédibilité par rapport à vos partenaires internationaux.[5] »



Le prétexte est tout trouvé pour feuilleter les archives de la Banque de France, et ainsi exhumer d’autres curiosités historiques. Combien de gens savent que la France, apeurée et tétanisée par l’envahisseur allemand, est venue en grande pompe et à toute pompe, confier à Kayes, une bourgade modeste de l’ex-Soudan (actuel Mali), située en Afrique subsaharienne, la garde de 1 100 tonnes d’or, presque la moitié de son stock d’or, environ 10 % des réserves d’or des banques centrales du monde à l’époque et, aujourd’hui, près de 10 ans de la production aurifère agrégée des 8 pays de l’UEMOA ?

(…) Le 26 août 1944, quand le général de Gaulle descendait, fièrement et triomphalement, l’avenue des Champs-Élysées, les caves de la « Souterraine » étaient désespérément vides. La France était libre, mais elle était essorée par 4 ans de conflit meurtrier (541 000 morts dont 330 000 pertes civiles), avec des dégâts matériels et financiers estimés à plusieurs centaines de milliards de francs. Selon les historiens, plus d’un million de ménages français (sur un total de 12,5 millions) étaient sans abri, des villes entières avaient été rasées (dont Brest, le port d’embarquement de l’or en direction du continent africain). C’est dire combien la situation économique et financière de la France était difficile, presque désespérée.

Qu’aurait été la France, sa reconstruction post-guerre et pré-plan Marshall (intervenu trois longues années après la fin des hostilités), sans la disponibilité de ces 1 100 tonnes d’or ? Que serait devenu, aujourd’hui, le système bancaire français sans l’aide inestimable des « indigènes » africains, ces valeureux et téméraires « tirailleurs sénégalais », extrêmement « attachés à la consigne », pour protéger et sécuriser le patrimoine aurifère du peuple français, si convoité par l’Allemagne nazie ? Pour le directeur général honoraire de la Banque de France, Didier Bruneel, conseiller auprès du gouverneur pour les questions historiques, l’or rapatrié d’Afrique a été vital pour l’économie française. Il a été utilisé pour la reconstruction du pays, et a servi à la soudure jusqu’à la mise en place en 1948 du plan Marshall.

Tout cela appartient à l’histoire commune franco-africaine, et les spécialistes se chargeront de l’effiler. Contentons-nous, dans ces lignes, de résoudre les questions prégnantes du présent, et d’envisager l’avenir avec plus de sérénité. 


Comment comprendre, aujourd’hui, que les dirigeants africains puissent faire le chemin inverse en allant confier la garde de leurs réserves d’or à la France ? Sont-ils, à leur tour, sous la menace d’une « armée d’occupation » ? Ironie du sort : 77 ans après avoir hébergé et sécurisé la moitié du stock d’or du peuple français [soit l’équivalent de 22 ans de production d’or au Mali ou 30 fois le niveau actuel des réserves d’or des 8 pays de l’UMOA réunis], Kayes n’abrite même pas une agence auxiliaire de la BCEAO, quand bien même presque toutes les banques commerciales du pays y possèdent déjà des agences ! Pourquoi les États de l’UEMOA continuent-ils de stocker de l’or si leurs réserves de change assurent une couverture plus que correcte de leur émission monétaire (plus de 3 fois le niveau requis) ? Pourquoi garder 90 % du stock d’or de la BCEAO en France ? Pourquoi ne pas utiliser (et non vendre) tout ou partie de ces avoirs en or pour lever des fonds nécessaires au financement de l’économie des pays de l’UEMOA qui en sont les vrais propriétaires ? Pourquoi un pays producteur d’or comme le Mali (3e en Afrique) ne peut-il pas se faire payer en nature par les multinationales qui exploitent ses mines d’or et stocker sa part de dividendes en métal jaune à la BCEAO pour en faire un levier de financement et en céder, au besoin, lorsque les cours mondiaux s’apprécient ? 


(…) Interpellé par un étudiant le 28 novembre 2017 à l’université de Ouagadougou sur l’existence de l’or du Burkina Faso en France, Emmanuel Macron esquissait un semblant de réponse, en défiant même son auditoire[6] : « Si quelqu’un peut me dire où l’or burkinabè se trouve caché à Paris, je suis preneur ? (Silence.) Il n’y en a pas, il faut être sérieux. Il ne faut pas avoir des discours simplistes sur des questions compliquées. » Face à la réprobation de la salle surchauffée, le président français en mettait une seconde couche : « Il n’y a pas un Français qui utilise l’or du Burkina Faso. […] Tout le monde va se calmer. […] Moi je n’utilise pas l’or du Burkina Faso pour faire quoi que ce soit, il n’est pas chez moi, il est chez vous ![7] » 
Mépris ? ou méprise de la part du président français ? De deux choses l’une, soit il était mal informé (ce qui est peu probable en regard de son statut), soit il s’était mal exprimé (ce qui n’est pas souhaitable eu égard à sa stature.) Dans tous les cas, à un certain niveau de responsabilité, on ne doit pas se permettre des affirmations gratuites. Il pouvait (quoi de plus facile pour un président de la République française) interroger les comptes de la BCEAO et même les livres de la Banque de France, qui sont même publiés en ligne. En les feuilletant, il se serait passé d’une telle inexactitude, tout aussi surprenante que malheureuse. En effet, d’après les états financiers certifiés de la BCEAO[8] à fin décembre 2016, 90 % de ses réserves en or (soit 1 054 521,73 onces d’or) appartenant aux 8 États membres de l’UMOA, y compris le Burkina Faso[9], sont bien gardées dans les coffres de la Banque de France à Paris. Cette situation qui prévaut depuis des décennies est confirmée sans équivoque dans les comptes 2017 de la BCEAO[10].

A suivre…





Cheickna Bounajim Cissé, FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine, (Editions BoD, 452 pages, 29 euros). Contact : cbcisse@yahoo.fr

Économiste et essayiste, il est le Président de la Commission « Banques & Compétitivité » du CAVIE (Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique). Titulaire d’un MBA de l’Université de Paris Dauphine et de l’IAE de Paris, il est détenteur d’un Master professionnel Sciences Politiques et sociales – option Journalisme de l’Institut Français de Presse (Université Panthéon-Assas), possède une Maîtrise en gestion des entreprises de l’ENA de Bamako et est diplômé d’études supérieures en Banque (ITB – CNAM de Paris). Il est l’auteur de l’acronyme MANGANESE, désignant neuf pays africains émergents ou en voie de l’être. Contributeur pour plusieurs médias et auteur de plusieurs publications, dont « Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir » (BoD, 2016), il se définit comme un « émergentier », un activiste de l’émergence de l’Afrique.





[1] Rapport annuel 2017 de la Banque de France ; en ligne : www.netfirst.fr/rapport-annuel/banque-de-france-2017/pdf/pdfweb.pdf
[2] En ligne : www.gold.fr/informations-sur-l-or/guides/reserves-dor-des-banques-centrales
[3] En ligne : www.swissinfo.ch/fre/politique/votation-du-30-novembre_faut-il-sauver-l-or-des-suisses-/40793630
[4] Au total, les réserves d’or mondiales dépassent les 31 347 tonnes, selon le Conseil mondial de l’or, soit environ 20 % du stock d’or de la planète ! (en ligne : www.lefigaro.fr/societes/2012/08/17/20005-20120817ARTFIG00409-l-immense-tresor-cache-des-banques-centrales.php)
[5] Vidéo en ligne : www.youtube.com/watch?v=R-BmmwwxuAw
[6] Extrait de l’intervention d’Emmanuel Macron à l’Université de Ouagadougou le 28 novembre 2017 : « Si quelqu’un pouvait me dire où l’or burkinabé se trouve caché à Paris, je suis preneur, il n’y en a pas, faut être sérieux. » ; en ligne : http://afrique.lepoint.fr/actualites/burkina-faso-l-ambiance-monte-avant-le-discours-d-emmanuel-macron-28-11-2017-2175663_2365.php
[7] Vidéo en ligne : www.youtube.com/watch?v=R-BmmwwxuAw
[8] En ligne : www.bceao.int/IMG/pdf/bceao_-_etats_financiers_au_31-12-2016_vf_sans_couleur_.pdf
[9] Statuts de la BCEAO : article 1er « La Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), ci-après dénommée “la Banque Centrale”, est un établissement public international constitué entre les États membres de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ; article 3 « Le capital de la Banque Centrale est entièrement souscrit à parts égales par les États membres de l’UMOA. »
[10] En ligne : www.bceao.int/sites/default/files/2018-04/BCEAO%20-%20Etats%20financiers%20au%2031-12-2017.pdf

Les curiosités du franc CFA - Curiosité n° 4 : "La fuite des capitaux de la zone franc".


L’économiste et banquier Cheickna Bounajim Cissé vient de publier « FCFA - Face Cachée de la Finance Africaine » (Ed. BoD, 2019). L’auteur révèle, entre autres, les étrangéités de cette monnaie septuagénaire. En voici quelques extraits du chapitre 4. Focus sur la curiosité n° 4 : "La fuite des capitaux de la zone franc".




P 243-256

La zone franc a le défaut de sa qualité. L’un des principes majeurs de l’Accord de coopération monétaire qui lie les pays utilisant le franc CFA à la France est la « libre transférabilité ». Pour bien encadrer cette règle, les parties prenantes de l’Accord[1] se sont engagées à mettre en place un contrôle de change rigoureux et efficace pour éviter une sortie massive des capitaux vers l’étranger. Bien avant, il faut rappeler que la zone franc, qui incluait, outre la France métropolitaine, ses départements d’outre-mer et ses colonies africaines et asiatiques, avait été créée par l’ancienne puissance coloniale pour « se protéger de la fuite des capitaux »[2]. D’après le ministère français de l’Économie et des Finances, « les décrets du 28 août, et des 1er et 9 septembre 1939 instituent un strict contrôle des changes entre la France et ses colonies d’une part, et le reste du monde d’autre part, pour se protéger des déséquilibres structurels en économie de guerre.[3] » Pour les cfobes et pour plusieurs experts et praticiens de la finance, cet objectif d’une primarité fondamentale déclamée par les textes fondateurs de la zone franc est loin d’être atteint…

(…) La sortie illicite des capitaux africains est-elle le nouveau paradigme de la liberté dans le monde ? Hier, les Européens pillèrent l’Afrique de ses ressources humaines et minières ; aujourd’hui, les Africains piquent le fric de l’Afrique pour le placer en Europe ; et demain, comme toujours, l’Europe critiquera l’Afrique pour sa grande pauvreté.

Il ne faut pas se voiler la face. La zone franc est la région qui produit le moins dans le monde. Pire, le peu qui est produit par les laborieuses populations est détourné en grande partie par une poignée de personnes qui se pressent de placer leur forfaiture dans les banques étrangères, en Europe et ailleurs. Et ce n’est pas un hasard si la zone franc est aujourd’hui l’une des principales places qui favorise la sortie massive de capitaux vers le reste du monde. Cette excroissance d’un système monétaire, qui se voulait pourtant rigoureux et solide, est aujourd’hui l’un des paradoxes de la zone franc. Les impacts négatifs sont importants sur les réserves de change des pays membres, sur la liquidité du marché bancaire, sur la stabilité du système bancaire et sur le financement des économies locales. En mars 2018, le directeur national de la BCEAO pour le Mali, Konzo Traoré, avertissait que « le suivi du rapatriement des recettes d’exportation constitue la source essentielle des réserves de change de l’UMOA et, de ce fait, un élément clé de la stabilité de notre système monétaire et financier.[4] »

À l’ouverture du sommet extraordinaire des chefs d’Etats de la CEMAC du 25 octobre 2018, à N’Djamena, le président tchadien, Idriss Déby Itno, a dénoncé le « rapatriement insuffisant des recettes d’exportation[5] ».

Par quelles voies transite la sortie des capitaux financiers ?

(…) Cette pratique de contournement de la réglementation, les « assujettis » la justifient par la lourdeur des procédures de la Banque centrale, qui leur semblent contraignantes et trop administratives. À ce niveau, il est important de rappeler quelques dispositions réglementaires. Il est strictement interdit aux banques de garder une position extérieure positive dont le montant excéderait 5 % de l’encours des dépôts à vue de leur clientèle[6]. Elles sont aussi tenues[7] au rapatriement effectif du produit des recettes d’exportation encaissées pour le compte de leurs clients. D’après les statistiques officielles[8], le défaut de rapatriement des recettes d’exportation à l’échelle de l’UEMOA se chiffrait à 6 403 milliards de FCFA en 2016. Pour ce qui est du Mali, le taux de rapatriement est passé de 12,4 % en 2012 à 39,2 % à fin décembre 2017. Le défaut de rapatriement a atteint plus de 900 milliards de FCFA.

La BCEAO, dans un rapport intitulé « Balance des paiements et position extérieure globale du Mali » publié sur son site Internet en juin 2016, a remis le couvert en des termes plus qu’incisifs : « Le secteur aurifère ne profite que très peu au Mali, dans la mesure où le métal précieux est exporté à l’état brut, pour être raffiné à l’étranger. » L’institution financière communautaire poursuit en des termes très explicites : « Les exportations d’or ne participent que très faiblement à la consolidation des réserves de change, compte tenu du défaut de rapatriement des recettes (moins de 5 % de taux de rapatriement des recettes), maintenues, pour l’essentiel, dans les comptes offshore détenus par les sociétés[9]. »

Il faut ici rappeler que l’or est le principal produit d’exportation du Mali (environ les deux tiers des recettes). Qu’il puisse y avoir des doutes quant à la véracité des chiffres officiels sur la production réelle d’un secteur aussi stratégique et important que celui de l’or, relève de l’étrangeté ; mais de surcroît, que plus de 95 % des recettes d’exportation aurifère déclarées ne puissent pas être rapatriées, est non seulement illégal, et simplement inconcevable. Comment peut-on détenir et retenir les devises d’un État souverain sur des « comptes offshore » ouverts et appartenant à des sociétés étrangères exploitant l’or extrait du sous-sol malien, et cela en violation de toutes les dispositions légales et réglementaires, locales et internationales[10] ?

(…) Selon le rapport de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), sous-titré « Troisième producteur d’or d’Afrique, le Mali ne récolte que des poussières »…
(…) Le Mali, estime la FIDH, ne peut donc pas peser sur la stratégie industrielle des compagnies minières. Est-ce, pour autant, une raison de priver ce pays de 95 % des devises issues de 70 % de ses recettes d’exportation ? Et en plus, même sur les 5 % de recettes rapatriées, au moins la moitié des devises est déposée et retenue sur le « compte d’opérations » au Trésor public français. Que reste-t-il finalement aux Maliens pour développer leur pays ?

(…) Dans la zone franc, la fuite des capitaux constitue une source de préoccupation majeure pour les autorités publiques et monétaires. Sa part dans les flux financiers illicites (FFI) globaux du continent africain dépasserait les 20 %. Le fléau touche tous les pays de la région. À en croire ce groupe d’experts, la fuite des capitaux illicites représenterait 3 % du PIB au Mali, contre 6 % pour la Côte-d’Ivoire et 1 % au Sénégal. Les FFI représenteraient 25 % du PIB au Congo, soit pratiquement l’équivalent de la moitié de ses recettes d’exportation. Au Gabon, le ratio est de 11 %. Dans l’UEMOA, il y a trois pays (Côte-d’Ivoire, Niger, Togo) pour lesquels les flux financiers illicites atteignent les 6 % du PIB. Au Niger particulièrement, cela représente 40 % des exportations. Selon les auteurs du Rapport Thabo Mbeki, présenté et adopté lors du 24e sommet de l’Union africaine tenu les 30 et 31 janvier 2015 à Addis-Abeba, l’Afrique a perdu durant les 50 dernières années plus de 1 000 milliards de dollars du fait des flux financiers illicites, soit l’équivalent de toute l’aide publique au développement reçue par l’Afrique pendant la période sous revue. Et le phénomène a crû de 20,2 % par an durant la période 2002-2011, selon l’Association Global Financial Integrity. Le rapport dénonce « la menace que représentent les FFI pour le développement inclusif de l’Afrique » et appelle à « une action politique urgente pour vaincre le phénomène ».

A suivre…





Cheickna Bounajim Cissé, FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine, (Editions BoD, 452 pages, 29 euros). Contact : cbcisse@yahoo.fr

Économiste et essayiste, il est le Président de la Commission « Banques & Compétitivité » du CAVIE (Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique). Titulaire d’un MBA de l’Université de Paris Dauphine et de l’IAE de Paris, il est détenteur d’un Master professionnel Sciences Politiques et sociales – option Journalisme de l’Institut Français de Presse (Université Panthéon-Assas), possède une Maîtrise en gestion des entreprises de l’ENA de Bamako et est diplômé d’études supérieures en Banque (ITB – CNAM de Paris). Il est l’auteur de l’acronyme MANGANESE, désignant neuf pays africains émergents ou en voie de l’être. Contributeur pour plusieurs médias et auteur de plusieurs publications, dont « Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir » (BoD, 2016), il se définit comme un « émergentier », un activiste de l’émergence de l’Afrique.



[1] L’Accord de coopération monétaire du 4 décembre 1973 entre la France et les pays membres de l’UMOA dispose en son article 7 : « Les autorités de la République française et celles des États membres de l’Union [UMOA] collaboreront à la recherche et à la répression des infractions à la réglementation des changes selon les modalités qui seront précisées par un protocole particulier. »
[2] Banque de France, Note d’information, « La zone franc », août 2015, en ligne : www.banque-france.fr ; Banque de France, en ligne : www.banque-france.fr/eurosysteme-et-international/zone-franc/presentation-de-la-zone-franc.html
[3] En ligne : www.tresor.economie.gouv.fr/Ressources/8047_40-ans-dhistoire-de-la-zone-franc
[4] En ligne : www.lesinfosdumali.ml/rapatriement-des-recettes-dexportation-le-taux-au-mali-est-passe-de-124-en-2012-a-392-a-fin-decembre-2017/
[5] En ligne : www.agenceecofin.com/integration/2610-61231-le-tchadien-idriss-deby-denonce-le-relachement-de-la-discipline-budgetaire-dans-la-zone-cemac
[6] L’instruction no 10/07/2011/RFE du 13 juillet 2011, relative aux avoirs détenus auprès des banques installées hors de l’UMOA au titre des besoins courants des établissements de crédit, dispose en son article 2 : « Le montant cumulé des avoirs [détenus par l’établissement de crédit auprès de banques installées hors de l’UEMOA pour les besoins courants en disponibilités en devises affectées à la couverture des opérations courantes de la clientèle] ne peut, en tout état de cause, excéder cinq pour cent (5 %) de l’encours des dépôts à vue de la clientèle de l’établissement de crédit. Les avoirs excédant les besoins courants de l’établissement de crédit doivent être cédés à la BCEAO. »
[7] Article 11de l’Annexe II (procédures particulières d’exécution de certains règlements) du Règlement no 09/2010/CM/UEMOA/ du 1er octobre 2010 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l’UEMOA : « Les opérateurs économiques résidents sont tenus d’encaisser et de rapatrier dans le pays d’origine, auprès de la banque domiciliataire, l’intégralité des sommes provenant des ventes de marchandises à l’étranger, dans un délai d’un  mois à compter de la date d’exigibilité du paiement. » L’Instruction no 03/07/2011/RFE du 13 juillet 2011 relative à la constitution des dossiers de domiciliation des exportations et à leur apurement dispose en son article 4 : « En application des dispositions de l’Article 11 de l’Annexe II du Règlement no 09/2010/CM/UEMOA, la banque domiciliataire est tenue de procéder au rapatriement effectif, via les comptes de correspondants étrangers de la BCEAO, d’au moins 80 % des recettes d’exportation encaissées. »
[8] En ligne : www.lesinfosdumali.ml/rapatriement-des-recettes-dexportation-le-taux-au-mali-est-passe-de-124-en-2012-a-392-a-fin-decembre-2017/
[9] BCEAO, ministère de l’Économie et des Finances du Mali, Balance des paiements et position extérieure globale, encadré 2 : Filière or, Mali 2014, en ligne : www.bceao.int
[10] Article 11de l’annexe II (procédures particulières d’exécution de certains règlements) du Règlement no 09/2010/CM/UEMOA/ du 1er octobre 2010 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l’UEMOA : « Les opérateurs économiques résidents sont tenus d’encaisser et de rapatrier dans le pays d’origine, auprès de la banque domiciliataire, l’intégralité des sommes provenant des ventes de marchandises à l’étranger, dans un délai d’un mois à compter de la date d’exigibilité du paiement. »

Les curiosités du franc CFA - Curiosité n° 3 : "La garantie de la convertibilité du franc CFA"


L’économiste et banquier Cheickna Bounajim Cissé vient de publier « FCFA - Face Cachée de la Finance Africaine » (Ed. BoD, 2019). L’auteur révèle, entre autres, les étrangéités de cette monnaie septuagénaire. En voici quelques extraits du chapitre 4. Focus sur la curiosité n° 3 : "La garantie de la convertibilité du franc CFA".


 P 230-242

Un beau matin à mon réveil, le cerbère de ma résidence était dans une posture bien inhabituelle. Il avait troqué sa tenue de travail contre des habits inhabituels. Sans que j’eusse le temps de lui poser la moindre question, il marcha sur ma langue en me demandant le chemin d’un non-retour. Pour toute raison de sa soudaine décision, il me confia : « Moi je surveille les voleurs, et vous vous me surveillez ! C’en est trop ! Je pars ! » Il faisait ainsi allusion à mes fréquents contrôles nocturnes pour m’enquérir de son état d’éveil.

À des décennies de longueur de cette anecdote, l’Accord de coopération monétaire entre la France et les 15 pays africains de la zone franc recèle bien des curiosités de cette nature. Pour bénéficier de la garantie monétaire de la France, les pays africains de la zone s’obligent à « garantir » le garant en lui confiant au moins la moitié de leurs réserves de change. Et comme ils semblent être très généreux à l’égard de la France, depuis plusieurs années ils domicilient bien au-delà du niveau conventionnel requis. En langage bancaire, quand une institution financière émet localement une garantie sur la base d’une autre donnée par une consœur, on parlera de réémission de garantie. La couverture donnée par les États africains à la France n’est rien d’autre qu’un cash collateral (dépôt en espèces dans un compte dit d’opérations). 
Dans ce cas, autorisons-nous une question essentielle sur le garant : qui garantit qui ? Est-ce la France qui garantit ses partenaires africains pour assurer la convertibilité illimitée du franc CFA ? Ou est-ce que ce sont les États africains qui garantissent le partenaire français pour que celui-ci assure la convertibilité illimitée du franc CFA ? La réponse est vraisemblablement dans la seconde question. Aussi, une quatrième interrogation s’invite dans notre réflexion : n’est-il pas temps pour les 14 États africains de la zone franc d’assurer eux-mêmes, sans intermédiaire, la garantie de leur propre monnaie, si tant est que le franc CFA est le leur et qu’ils ont les moyens d’assurer sa crédibilité ?

La couverture de l’émission monétaire

(…) D’après le Rapport sur la politique monétaire de la BCEAO daté de septembre 2018, « les réserves de change de [l’UEMOA] se sont chiffrées, à fin juin 2018, à 9 627,3 milliards, correspondant à un taux de couverture de l’émission monétaire de 82,0 % contre 80,2 % 3 mois plus tôt. Ce niveau des réserves de change assure 5,4 mois d’importations de biens et services contre 5,3 mois à fin mars 2018.[1] » Autrement dit, les États de l’UEMOA ont assuré un taux de couverture de l’émission monétaire d’un niveau 4 fois supérieur à celui (de 20 %) exigé par le garant (la France) dans le cadre de l’Accord de coopération monétaire qui lie ce dernier aux États africains de la zone franc. 

Cela signifie, selon l’économiste sénégalais Sanou Mbaye, ancien haut fonctionnaire de la BAD, que « les pays membres de la zone franc, si pauvres soient-ils, se voient ainsi privés par la France d’énormes ressources financières qui auraient pu être investies dans les secteurs clefs de leurs économies (production vivrière, éducation, santé, logements et infrastructures). Le plus révoltant dans ce marché de dupes est que la France et ses banques se servent de l’épargne de ces pays pour leur concéder des prêts à des taux prohibitifs. Le comble est que les pays de la zone, non contents de se voir amputer d’une part importante de leurs revenus, sont contraints de s’endetter auprès de la Banque mondiale et du FMI aux conditions drastiques que l’on sait. En se comportant comme des victimes consentantes, lesdits pays n’ont fait que traduire une attitude éminemment freudienne des élites africaines francophones qui confine à l’autoflagellation. Il en résulte que le Programme alimentaire mondial (PAM) doit venir à la rescousse pour nourrir des populations de pays comme le Niger, le Mali, le Burkina Faso, le Tchad ou le Sénégal…[2] »


(…) Sur la période d’analyse (2000-2016), le cumul des excédents des avoirs extérieurs de la BCEAO par rapport au plancher conventionnel de 20 % s’élevait à 71 189,4 milliards de francs CFA, l’équivalent de 14,5 mois du PIB agrégé de l’ensemble des 8 pays de l’UEMOA (58 966 milliards de francs CFA) ! Si cette somme colossale en devises avait été rapatriée, et non monétisée en francs CFA, investie – et non placée – pour financer les investissements productifs des pays de la zone, leur économie aurait présenté un tout autre visage, moins dépendant et plus coruscant. Pour l’économiste Kako Nubukpo, ce taux de couverture « veut dire que nous n’avons plus besoin de l’ “assureur” qu’est la France pour avoir la fixité entre le CFA et l’euro.[3]» « Les dirigeants africains doivent prendre leurs responsabilités. C’est à nous d’assumer notre destin, ce n’est pas à la France de le faire pour nous »,[4] insiste l’ancien ministre togolais.





Questions : Pourquoi avoir assuré et continuer d’assurer un taux de couverture de l’émission monétaire 3 à 5 fois plus élevé que le niveau de 20 % requis par la France, alors que les États de l’UEMOA sont exposés à un sous-financement chronique de leurs économies ? Avec une telle dépendance (d’autres parleront de « servitude »), ces pays peuvent-ils se passer du « parapluie monétaire » de la France et ainsi acquérir leur « souveraineté monétaire » ? Que gagne, réellement, la France en exigeant un tel quantum aux États de l’UEMOA pour garantir leur monnaie ? Quels sont les intérêts que la France compte sauvegarder en maintenant l’accord de coopération monétaire avec les pays de la zone franc ?






(…) De 2004 à 2016, les disponibilités extérieures des pays membres de l’UEMOA déposées sur leur compte d’opérations ouvert dans les livres du Trésor français se situaient bien au-deçà du taux conventionnel de centralisation de 50 % convenu avec la France…


(…) Sur la période sous revue, le cumul des excédents des avoirs en devises domicilié à tort sur le compte d’opérations se chiffrait à 3 832 milliards de francs CFA. Le graphique ci-dessous retrace cette évolution. Ce surplus aurait pu être utilisé au bénéfice des populations africaines. 


(…) Question : Pourquoi domicilier au Trésor public français des réserves de change jusqu’à plus de 9 points au-dessus du taux conventionnel de 50 %, si le sous-jacent (les économies des pays de l’UEMOA qui portent le franc CFA) manque cruellement de moyens financiers pour se développer ?


On voit bien que les textes fondateurs de la zone franc, sans composer avec ses règles fondamentales (plancher de 20 % du taux de couverture de l’émission monétaire et domiciliation de 50 % des réserves de change sur le compte d’opérations) admettent quelque souplesse. 

Où est alors le problème ? Pourquoi les marges de manœuvre autorisées, tout au moins sur le plan juridique, ne sont-elles pas utilisées par les pays de l’UEMOA ? Pourquoi les dirigeants de la sous-région continuent-ils de stocker au Trésor français des avoirs bien au-delà de leurs engagements contractuels, hors de leurs frontières ; alors qu’intra-muros, leurs populations manquent de tout et même de l’essentiel : alimentation, santé, logement, éducation, transport, eau, électricité… et que leurs entreprises et industries se débattent pour accéder aux moyens financiers nécessaires à leur création et à leur développement ? Si cette énorme « épargne morte » ne sert pas les économies des pays de la zone, à qui profite-t-elle ? Au nom de quelle politique monétaire, de quelle gestion des réserves de change, de quelle règle prudentielle ou conventionnelle, en est-on arrivé à ce paradoxe, à priver sur plusieurs années des pays pauvres, en grande souffrance économique et sociale, de leurs devises, ressources indispensables pour le développement ? 

Cette situation explique en grande partie le sous-financement bancaire des économies locales. Oui, les États africains de la zone CFA souffrent. Oui, les populations continuent de patauger dans la pauvreté et la misère. Elles souffrent de faim, de malnutrition, de maladies, de soif, d’obscurité, d’analphabétisme, et tout le toutim. Oui, le monde de l’entreprise, dont l’industrie constitue l’appendice, est à la peine, avec à peine quelques unités fonctionnelles. 


Le très officiel Rapport Védrine, conçu et rédigé par des experts aux compétences avérées, reconnaît clairement, chiffres à l’appui, que les performances des pays francophones sont moins fortes que celles des pays anglophones et lusophones. « Et en comparaison des autres pays, les taux de croissance de la zone CFA sont moins élevés sur les 10 dernières années », ajoutent les auteurs du rapport, qui s’empressent d’ajouter que « ce différentiel négatif de croissance s’explique en grande partie par l’instabilité politique passée de la Côte-d’Ivoire et, dans une moindre mesure, de la République centrafricaine.[5] »


Que dire de la justesse de la vision des dirigeants du Liban (1948) et des pays d’Afrique du Nord de se retirer de la zone franc dès les premières années de leur indépendance et de battre leur propre monnaie ? En 1957, le Maroc crée sa Banque centrale et quitte la zone franc. Il sera suivi, un an après, par la Tunisie. L’Algérie leur emboîte le pas en créant sa propre monnaie (dinar algérien) le 1er avril 1964. Ces pays sont-ils moins développés que ceux qui ont choisi de rester dans la zone franc ou de faire des allers-retours pour finalement y demeurer ? Assurément, non. Tous les pays cités frappent depuis quelques années à la porte de l’émergence économique…


A suivre...




Cheickna Bounajim Cissé, FCFA : Face Cachée de la Finance Africaine, (Editions BoD, 452 pages, 29 euros). Contact : cbcisse@yahoo.fr

Économiste et essayiste, il est le Président de la Commission « Banques & Compétitivité » du CAVIE (Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique). Titulaire d’un MBA de l’Université de Paris Dauphine et de l’IAE de Paris, il est détenteur d’un Master professionnel Sciences Politiques et sociales – option Journalisme de l’Institut Français de Presse (Université Panthéon-Assas), possède une Maîtrise en gestion des entreprises de l’ENA de Bamako et est diplômé d’études supérieures en Banque (ITB – CNAM de Paris). Il est l’auteur de l’acronyme MANGANESE, désignant neuf pays africains émergents ou en voie de l’être. Contributeur pour plusieurs médias et auteur de plusieurs publications, dont « Construire l’émergence, un pacte pour l’avenir » (BoD, 2016), il se définit comme un « émergentier », un activiste de l’émergence de l’Afrique.

























[1] En ligne : www.bceao.int/sites/default/files/2018-09/Rapport_CPM_Septembre_2018_version%20finale_pour_mise_en_ligne_VF.pdf
[2] En ligne : http://mbaye.info/2016/04/13/les-avatars-du-franc-cfa-flux-des-capitaux-et-regression-economique-en-afrique-francophone/2751
[3] Le Monde.fr, « Le franc CFA freine le développement de l’Afrique », Entretien avec Kako Nubukpo, propos recueillis par Raoul Mbog, op. cit.
[4] Le Monde.fr, « Le franc CFA freine le développement de l’Afrique », Entretien avec Kako Nubukpo, propos recueillis par Raoul Mbog, op. cit.
[5] Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Tidjane Thiam, Jean-Michel Severino et Hakim El Karoui, Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France, ministère de l’Économie et des Finances, décembre 2013, en ligne : www.tresor.economie.gouv.fr/File/393414