dimanche 3 août 2014

Mali : la «révolution verte» est possible

(Article publié par Financial Afrik le 20 avril 2014 et republié par Malijet, Maliweb...)


La 5è édition du Salon International de l’Agriculture (SIAGRI) vient d’ouvrir ses portes à Bamako. C’est l’occasion de passer en revue les énormes potentialités agricoles du Mali et surtout de proposer des mesures efficaces et durables pour l’émergence du secteur rural. Est-il possible de faire du Mali le grenier de l’Afrique de l’Ouest comme le professait l’ingénieur français Émile Bélime en 1934 ? 


Le Mali possède environ 17,4 millions ha de terres arables soit exactement le double de celles du Maroc, aujourd’hui puissance agricole régionale. Parcouru par deux des plus grands fleuves d’Afrique, le Mali dispose d’importantes ressources en eau estimées à environ 148 milliards de m3 pour une utilisation actuelle de 4% de ce potentiel. A titre comparatif, le Maroc ne possède que 20% des ressources en eau du Mali soit 29 milliards de m3.
Malgré ces énormes potentialités, le secteur agricole malien peine à décoller avec la persistance de l’insécurité alimentaire et de la dépendance extérieure. En cause,  l’organisation, la méthode et les outils


C’est pour cette raison, je propose une nouvelle stratégie agricole nationale basée sur le Plan Mali Emergence Verte (PMEV).


Mon ambition est de réaliser le passage du Mali du statut de pays agricole pauvre à celui de puissance agricole émergente, à l’horizon 2030, grâce à une volonté politique forte, une mobilisation exceptionnelle de sa population et une importante levée de fonds.
Le PMEV, en insufflant une nouvelle dynamique dans le secteur agricole, apporte une réponse globale, cohérente et structurée face aux multiples défis auxquels le monde rural malien est exposé. Il replace le secteur agricole au centre de l’économie en tant que moteur de la croissance.
Le PMEV s’inspire des expériences réussies – ou en voie de l’être – sur le continent, principalement le Plan Maroc Vert.


Le PMEV repose sur deux piliers essentiels : l’agriculture moderne (Pilier I) et l’agriculture solidaire (Pilier II). L’objectif du Pilier I est le développement accéléré de l’agriculture à forte valeur ajoutée et à forte productivité. Il s’agit de faire du paysan un entrepreneur agricole. Quant au Pilier II, l’objectif de l’agriculture solidaire est de développer une approche orientée vers la lutte contre la pauvreté, en augmentant de manière significative le revenu agricole de tous les exploitants y compris les plus fragiles. Il s’agit aussi de moderniser les exploitations agricoles familiales.


Cette agriculture moderne et solidaire prônée à travers les deux piliers du PMEV, se décline à travers trois instruments clés :
-          Le programme « La Terre ne ment pas » par l’installation de 50 000 exploitations agricoles par an pour la période s’étalant jusqu’en 2030. L’objectif est de favoriser le retour à la terre et de résorber en partie l’épineux problème du chômage des jeunes.
-          Le programme « Les Maliens Nourrissent les Maliens » : L’objectif est de booster la production céréalière locale pour assurer une autosuffisance, et réduire par conséquent les importations en les limitant au strict minimum d’appoint.
-          L’initiative « 3M » (Les Maliens Mangent Mieux) : L’objectif est d’assurer aux populations maliennes trois repas par jour, équilibrés et accessibles à leur bourse. L’Etat veillera à la maîtrise de la qualité et du prix des céréales de base (riz, mil, maïs).
 
Coût du PMEV


Le Plan Mali Emergence Verte (PMEV), pour sa réalisation, nécessitera une enveloppe financière de 6 400 milliards de francs CFA (environ 10 milliards d’euros) à l’échéance 2030. Il requiert donc une nouvelle vague d’investissement massif de l’ordre de 400 milliards de francs CFA par an, mobilisable suivant le schéma suivant : 100 milliards sur les ressources budgétaires de l’Etat, 100 milliards de francs CFA auprès du système bancaire et 200 milliards de francs CFA auprès des PTF et investisseurs étrangers (par exemple dans le cadre du partenariat public/privé). Ces dispositions pourront être opérantes dans le cadre de la LOA à travers la mise en route du Fonds National pour le développement agricole (FONDA).


Ainsi, il s’agira de porter la part du secteur agricole à 15% du Budget national (contre 10% actuellement) pour les dépenses courantes et l’investissement, dont 10% sera consacrée à l’élevage (au lieu de 5,3% actuellement). S’agissant du financement bancaire, les banques implantées au Mali seront mobilisées à travers un Contrat-Plan avec l’Etat qui ciblera le dispositif (financement syndiqué en pool bancaire avec un chef de file), l’enveloppe financière et les conditions de mobilisation de ces fonds (taux, durée).
 
Impacts du PMEV


De façon spécifique, les résultats attendus du PMEV se présentent ainsi :
-          Doublement des exploitations agricoles : Porter à 1 600 000 le nombre d’exploitations agricoles à l’horizon 2030 à raison d’une cadence annuelle de 50 000 unités (avec en moyenne une dotation foncière de 10 ha par unité).
-          Surfaces cultivées : A terme, porter les terres cultivées à 11 millions d’ha soit environ 30% du potentiel (au lieu de 7% actuellement). Porter les terres irriguées à 1,4 millions d’ha (au lieu de 383 000 ha actuellement) suivant un rythme annuel de 50 000 ha les six premières années. La cadence sera portée à 75 000 ha sur les dix années suivantes. Cet effort sera réalisé par une politique de maîtrise de l’eau avec la construction d’infrastructures adéquates (barrages, bassins de retenue, puits, forages,…).
-          Faire appliquer les dispositions de la Loi d’Orientation Agricole (LOA), notamment en assurant l’effectivité de la création des structures d’encadrement et de financement.
-          Elevage : Relever la contribution du sous-secteur de l’élevage à 20% dans la formation du PIB (au lieu de 12% actuellement). Favoriser la construction de grosses usines d’aliments bétails (tourteaux) à l’aval des usines d’égrenage du coton.
-          Pêche : Porter le nombre de pêcheurs à 100 000 au lieu de 71 000 actuellement.
-          Mécanisation de l’agriculture : A l’horizon 2030, éradiquer la pratique du labour manuel (représentant actuellement 17% de la surface cultivée), réduire le labour attelé (de 72% à 60%) et renforcer intensivement le labour motorisé (de 1% à 40%). Cette modernisation des équipements doit se faire progressivement en tenant compte du rythme des investissements programmés.
-          Céréales : porter les emblavures à 6 millions d’ha (au lieu de 4 millions d’ha actuellement). La production céréalière attendue en 2030 serait de 62 millions de tonnes. Cet objectif est réaliste. Il se base sur un taux de progression de 15% l’an (ces dernières années la production céréalière a augmenté à un rythme annuel de 12 à 14%).
-          Coton : porter les exploitations agricoles dédiées à la culture du coton à 500 000 (au lieu de 300 000) soit un peu plus de 31% du volume global. Grâce à l’extension de la superficie cultivée, de l’enrichissement des sols, de l’augmentation du nombre des producteurs et de la modernisation de la mécanisation, la production de coton graine devrait atteindre 1,5 million de tonnes à l’horizon 2030 (avec l’objectif de 1 million de tonnes en 2020) faisant du Mali le premier producteur africain du coton (position que le pays a eu à occuper en 2003).
 
Mesures d’accompagnement


La bonne réussite du PMEV requiert la prise de mesures supplémentaires :


• Rationalisation des structures d’encadrement et de pilotage des projets : Réunir les différents offices agricoles sous une seule et même structure qui pourrait être dénommée « Office du Développement Agricole ». Les autres Offices seront transformés en Pôles de développement agricole. L’objectif est d’assurer un suivi de la feuille de route du PMEV dans les domaines de sa compétence, de garantir une cohérence et une gestion saine des programmes et projets, de mieux coordonner les investissements, de mutualiser les moyens dans le cadre des synergies de coût et d’assurer la disponibilité et l’accessibilité d’une information pertinente, fiable et régulière sur le secteur d’activités.


• Utilisation judicieuse et transparente des fonds des projets agricoles : Dans le budget de certains projets de développement, plus de la moitié des fonds mobilisés sont destinés aux frais d’administration (salaires, frais de consultants, prestataires, experts, assistance technique, etc.) et seulement une infime partie est affectée à la cible adressée. Inverser la tendance à travers une décision gouvernementale qui consacre l’allocation d’au moins 80% des ressources mobilisées et utilisées du projet aux bénéficiaires concernés. Les charges de fonctionnement des projets seront plafonnées à 20%.


• Formation du monde paysan : La modernisation de l’agriculture préconisée dans le PMEV nécessite plus d’emphase sur la formation des différents acteurs intervenant dans le secteur agricole (agriculteurs et porteurs de projets agricoles) dans la maîtrise des équipements et des nouvelles techniques culturales, ainsi que les cadres et les techniciens d’encadrement.


• Structures de recherches et de développement : Renforcer leurs moyens par des ressources qualifiées et suffisantes. L’objectif est d’assurer un encadrement efficace et soutenu des paysans en vue de l’introduction de nouvelles techniques culturales et de la vulgarisation des meilleures pratiques.

Conclusion


Au Mali, quand l’agriculture éternue, l’économie tousse ; et quand l’agriculture tousse, l’économie est fiévreuse. Et inversement, quand le monde rural se porte bien, ce sont tous les pans de l’activité économique et sociale qui en ressentent les effets bénéfiques.
C’est dire que les performances, actuelles et futures, de l’économie malienne dépendent en grande partie de celles de son secteur agricole. Celui-ci a la lourde responsabilité d’assurer la sécurité alimentaire d’une population de 15 millions de consommateurs qui doublera en 2030. Il s’agit là d’une priorité nationale, indispensable au développement et à la stabilité économique et sociale du Mali.


Par-delà mon ambition de faire du Mali une puissance agricole à l’horizon 2030, développée dans mon ouvrage : « Les défis du Mali nouveau », le journaliste québécois Damase Potvin résume mieux mon état d’esprit : « Rien n’est meilleur que l’agriculture, rien n’est plus beau, rien n’est plus digne d’un homme libre.  Elle suffit amplement aux besoins de notre vie. »




Cheickna Bounajim Cissé

Fête du 1er mai : et si on rendait hommage aux Wade !

(Article publié le 04 mai 2014 par Financial Afrik et par Les Echos (Le cercle))


Dans le monde entier, sous tous les cieux et en tous lieux, l’emploi est devenu la première préoccupation des populations et est érigé en priorité absolue par les autorités nationales. Il est le principal indicateur de l’efficacité des politiques publiques et de la popularité des gouvernants. En cette journée symbolique du travail, nous avons voulu fêter les Wade.



Le génie français, Louis Pascal disait que «  le hasard n’aide que les esprits préparés ». Le destin a voulu que notre muse aille à la rencontre de deux Wade, que tout oppose sauf l’essentiel : le travail. Et ce n’est pas le seul point de similarité. Ils partagent le même patronyme et ont en commun une exceptionnelle longévité à l’œuvre. Pourtant, ils viennent de deux continents différents et vivent dans des milieux sociaux distincts.


Le premier est un ancien président de la République, bardé de diplômes et de distinctions. Il a dirigé le Sénégal de 2000 à 2012. Il vient de l’Afrique nouvelle, celle qui ne dort pas et qui ne meurt pas. Cette Afrique qui agit, qui innove et qui avance. Il s’agit d’Abdoulaye Wade qui fêtera bientôt, certainement parmi les siens, ses 88 étés. Non sans tumultes et remous.
Deux ans après son départ du pouvoir par les urnes, le chantre du « Sopi » (« changement » en wolof),vient d’effectuer un retour mouvementé mais triomphal aux pénates. Il a été accueilli par une liesse populaire sans précédent.
A son âge, beaucoup de ses pairs auraient savouré un repos bien mérité. C’est pourtant le moment que le « vieux lion » (Gorgui) choisit pour sortir de sa tanière et signer son retour dans l’arène politique. Objectif : mobiliser sa famille politique pour la prochaine joute électorale en capitalisant sur une conjoncture interne plus que difficile. Ce féru des mathématiques et des arcanes politiques, saurait-il se résoudre à l’arithmétique politique ? Pour diriger, il faut un nombre impair, et trois, c’est déjà trop disait Clemenceau.
Attention ! On peut contraindre ses adversaires politiques à l’ochlophobie, mais il ne faut pas confondre la foule avec le peuple. La sagesse africaine nous enseigne de ne pas compter les poussins avant que la poule n’ait pondu les œufs.


Le second est tout aussi exceptionnel. C’est le plus vieux travailleur de l’Amérique. Loren Wade à l’état civil, vient du Kansas, le centre géographique des États-Unis. Cette Amérique profonde et conservatrice. Celle qui veille et peine. Il travaille depuis l’âge de 12 ans. Presque smicard, il continue à bosser dans un supermarché trente heures durant cinq jours par semaine pour joindre les deux bouts. Il se lève chaque matin et parcourt cinq kilomètres pour rejoindre son lieu de travail. Cela ne l’empêche pas, à ses « heures perdues », de s’occuper de son jardin et de jouer du saxophone.
Les deux sont des bourreaux au travail. L’Américain est âgé de 102 ans, soit 14 ans l’aîné du Sénégalais.
Loren Wade, en 90 ans de travail, a enchaîné différents jobs pour gagner sa pitance comme chaudronnier, cheminot, facteur et employé de supermarché. En 2012, il a reçu le titre de «plus vieux travailleur remarquable » des Etats-Unis. Il faut rappeler que les Etats-Unis compte environ 53 000 centenaires et 1,25 million de ses travailleurs avaient plus de 75 ans (7,3% de la population active), selon les statistiques du Bureau international du travail (BIT).


Abdoulaye Wade, en retrouvant son boubou d’opposant, sera certainement l’un des anciens chefs d’Etat les plus actifs de sa génération.  Déjà, le 1er avril 2010, porté à la magistrature suprême de son pays par le suffrage universel, il axa son Discours de prestation de serment, sur les  valeurs du travail. En s’inspirant, probablement, de la célèbre formule contenue dans la pièce de théâtre « Les Trois sœurs » du dramaturge russe Anton Tchekhov, il déclara au Stade Leopold Sédar Senghor de Dakar : « il n’y a pas de secret : il faut travailler, beaucoup travailler, toujours travailler. » Il conclut ainsi son allocution : « Travaille pour te libérer, et ta dignité tu sauveras ; travaille pour te réaliser, et ton pays tu sauveras ».


Selon la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 « Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage. » A près de sept décennies de distance, cette profession de foi transposée dans la majorité des constitutions des Etats reste un leurre.


Selon le dernier rapport annuel de l’Organisation internationale du travail (OIT), le nombre de chômeurs à l’échelle mondiale a progressé de 4,9 millions, pour atteindre 201,8 millions à fin 2013. La jeunesse est particulièrement touchée par le fléau avec 74,5 millions de jeunés âgés de 15-24 ans sans emploi. Leur taux de chômage est près de trois fois plus élevé que celui des adultes (13,1% contre 4,6%). Suivant les prévisions de l’OIT, le nombre de personnes privées d’emploi devrait progresser de 13 millions au cours des cinq prochaines années, pour dépasser 215 millions à l’horizon 2018.


Conclusion


Au milieu du 17e siècle, le poète français Jean de la Fontaine écrivait « Le Laboureur et ses enfants », fable dans laquelle les valeurs du travail sont célébrées. Il adresse d’abord une invite à la jeunesse : « Travaillez, prenez de la peine » avant de conclure ainsi : « le travail est un trésor ».


Nos deux héros, Abdoulaye Wade et Loren Wade, constituent des symboles de cette valeur fondamentale qui incarne la dignité, l’honneur et la liberté de la personne humaine.


En cette journée commémorative du 1er mai, comment ne pas penser aussi à ces milliers de jeunes africains auxquels s’ouvraient les promesses de la vie, désœuvrés, affamés et apeurés dans les cales de bateaux, dans les coffres et depuis peu sous les pare-chocs des voitures traversant monts, désert, forêts et océans, et finissant assez souvent l’aventure dans les cuvettes de sable ou les fonds des mers, en y laissant l’ultime soupir de leur rêve : le TRAVAIL ?


Abdoulaye Wade ne disait-il pas : « Un homme sans travail peut sombrer dans le désespoir… » ?




Cheickna Bounajim Cissé

Mali : carton rouge pour la corruption !

(Article publié par Les Echos (Le Cercle) le 11 mai 2014 et republié par Maliweb, Malijet...)


Aucune nation au monde n’est exempte de la corruption. Mais dans un pays très pauvre comme le Mali, son impact s’amplifie. Le chef de l’État malien a décrété l’année 2014, « Année de lutte contre la corruption ». Le premier ministre, dans sa récente Déclaration de politique générale, en a fait son cheval de bataille. La volonté politique est réelle. Il reste à trouver les bonnes solutions à ce vrai problème.




Plus de trois décennies après la publication de cet essai intitulé « Bureaucratie et corruption au Mali », la question reste toujours posée. La situation s’est même aggravée. Aucun pan de la vie de la nation n’y échappe. Le mythe de l’argent facile s’est installé. La corruption se propage comme une coulée de lave, en brulant toutes les valeurs morales sur son passage. Aujourd’hui, spécialistes et néophytes s’accordent à dire que le vrai problème du Mali c’est la corruption.


La corruption est le vrai problème du Mali


Tenez ! Dans un rapport de la Banque Mondiale sur « La Réforme du secteur public et renforcement des capacités » au Mali, la Direction nationale du contrôle financier (DNCF) admet que si tout le mobilier, le matériel de bureau et les divers équipements que son service a approuvés au cours des dix dernières années avaient été effectivement achetés, il n’y aurait pas un seul bureau de l’administration où le personnel disposerait d’assez d’espace pour pouvoir s’asseoir et travailler.


Récemment, en novembre 2013, lors de la remise officielle de son dernier rapport annuel au Chef de l’État, le Vérificateur général au Mali s’indignait en ces termes : « … dans une des Directions des Finances et du Matériel, nos travaux de vérification ont décelé des situations matériellement impossibles, comme le cas d’une fiche d’entretien qui indique, par exemple, que pour une seule et même réparation, plus de 150 pièces ont été installées sur un seul véhicule, en une seule fois ».


Les maigres ressources publiques peinent à résister aux assauts répétés des prédateurs de l’économie nationale. Les dessous de table, les surfacturations, les marchés fictifs, les détournements de fonds, le clientélisme, le favoritisme, les passe-droits, le trafic d’influence sont tropicalisés en « sourafen », « nta », « togo », « koutcha » ou « youroukou-youroukou ». Presque toutes les indigences du pays y prennent source et se déversent sur l’image et la réputation du peuple malien.


Aujourd’hui, plusieurs indicateurs confirment le caractère systémique de la corruption. Dans le dernier rapport annuel de Transparency International, le Mali poursuit sa descente dans les profondeurs du classement mondial. Ainsi, selon l’Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2013, le Mali perd 22 places au classement en s’affichant au 127e rang sur 177 pays dans le monde. Il partage cette place avec le Nicaragua et le Pakistan.


Pistes de solution


Face à l’ampleur du phénomène et à l’interpellation historique des nouvelles autorités pour construire le Mali de demain, nous proposons une nouvelle stratégie de lutte contre la corruption axée sur quinze points. L’objectif est de réduire la corruption, en la ramenant à un niveau tel qu’elle ne puisse plus être un frein au développement économique et social du Mali.


1) Constitutionnaliser la lutte contre la corruption pour marquer la volonté souveraine du Peuple malien à combattre le fléau et à promouvoir la bonne gouvernance. La déclaration publique des biens de tous les principaux dirigeants du pays doit être obligatoire avant toute entrée en fonction avec une mise à jour annuelle en cours de mandat ou de mission. La vérification est faite par la Cour des comptes.


2) Engagement politique ferme : les plus hautes autorités du Mali doivent donner un signal fort en direction du peuple. Le Président de la République doit s’inviter une fois par an à l’Assemblée nationale, en séance publique au cours de laquelle il doit prononcer devant les élus du peuple une déclaration solennelle renouvelant son engagement irréversible et celui de son gouvernement à lutter contre la corruption et à promouvoir la bonne gouvernance.


3) Instaurer un Code de conduite : rendre inéligibles les élus et les ministres, et radier de la fonction publique tout fonctionnaire ou assimilé, en cas d’infractions graves de corruption, attestées par une décision de condamnation définitive.


4) Améliorer le pouvoir d’achat suivant deux axes non exclusifs, l’augmentation substantielle des salaires en fonction des moyens réels du pays et la baisse des prix des produits de première nécessité.


5) Rationalisation et optimisation des structures de contrôle : la dissolution de la CASCA (Cellule d’Appui aux structures de contrôle de l’Administration), du Contrôle général des services publics et des inspections des ministères en transférant leurs moyens, humains, matériels et financiers, à une nouvelle structure dénommée « Office Central de Prévention et de Lutte contre la Fraude » (OCPLF). L’objectif est un gain de cohérence et d’efficacité.


6) Création d’un Parquet financier qui coordonnera les activités des différents « Pôles économiques et financiers » installés dans certains tribunaux de première instance. Ce parquet sera doté de tous les moyens humains, matériels et financiers nécessaires.


7) Maintien du bureau du Vérificateur Général (VG) avec un accent renforcé sur la prévention (missions d’assistance, formation), l’évaluation des politiques publiques à travers les vérifications de performance… Du point de vue organisationnel, créer deux pôles au sein du VG, l’un axé sur le « contrôle sur pièces » et l’autre sur le « contrôle sur place » de façon à élargir le périmètre d’actions, à optimiser les ressources, à professionnaliser les collaborateurs, à assurer un suivi régulier des recommandations et des structures ciblées.


8) Création de la Cour des comptes : le périmètre d’actions de la section des comptes de la Cour suprême (ou de la future Cour des comptes) doit couvrir toutes les institutions de la république qui doivent faire l’objet d’un contrôle régulier, au moins une fois par an. Les rapports de la Cour des comptes sont rendus publics. Il faut veiller à bien délimiter les prérogatives du VG et de la Cour des comptes pour éviter les superpositions et les éventuels conflits d’attributions.


9) Instituer un « monsieur anticorruption » avec le titre de Haut Fonctionnaire de la Bonne Gouvernance et de la Participation Citoyenne dans les institutions de la République, les départements ministériels, et les grandes structures publiques (démembrements de l’État, entreprises et projets publics).


10) Suivi des recommandations des États généraux sur la corruption et la délinquance financière au Mali (tenus du 25 au 28 novembre 2008) : créer une cellule au sein de l’OCPLF pour en assurer le suivi et l’évaluation des mesures. Les résultats de ce suivi font l’objet de publication dans le Bulletin mensuel de l’OCPLF.


11) Programme d’enseignement : enseigner la corruption et ses impacts comme un module de l’ECM (éducation civique et morale) dans tous les établissements scolaires et universitaires du pays (publics et privés) pour renforcer le patriotisme et le civisme des jeunes apprenants et les sensibiliser au bien public, à sa sauvegarde et aux risques d’en détourner l’usage pour des fins personnelles.


12) Création de l’Institut National de l’Audit et du Contrôle Interne (INACI) pour l’ensemble du corps des contrôleurs du secteur public et du privé. Cette structure de formation sera administrée par le BVG et comprendra au sein de son comité de gestion d’autres partenaires comme la Société Civile et l’OCPLF.


13) Renforcer les moyens de la Société Civile (syndicats, associations, leaders religieux et traditionnels, les aînés…) dans le cadre de campagnes de sensibilisation pour le changement des mentalités afin de ne pas considérer le fruit de la corruption comme du « pain béni », mais comme une atteinte grave au bien-être de la toute la communauté nationale.

14) Instaurer des promotions et des distinctions pour les personnes (physiques ou morales) qui se seraient distinguées dans la lutte contre la corruption et/ou de la promotion de la bonne gouvernance.

15) Mettre en place un Système d’Alerte de la Corruption (SAC). C’est un dispositif national qui sera encadré par une loi spécifique intégrant transparence, efficacité et protection. Sa gestion sera assurée par l’OCPLF. L’alerte doit être perçue comme un geste citoyen et patriotique, très loin des règlements de compte personnels ou politiques. Ces éventuels dérapages seront aussi encadrés.

Conclusion


À l’évidence, la corruption continue de gangréner la société malienne. Elle est le mal n°1 du pays. À tel point, paradigme majeur de nos relations avec la communauté des bailleurs de fonds, certains donateurs veulent instituer un lien direct, « SMSiser » s’il vous plait, avec les bénéficiaires de leur aide. La population malienne crie, légitimement, au scandale et au retour à la servitude. Notre honneur et notre fierté sont écorchés.

Mais, comment bomber le torse, la sueur sur le front et « les yeux dans les yeux » (pour reprendre une fameuse formule en vogue dans l’Hexagone) lorsque l’essentiel de nos programmes socio-économiques est financé par l’extérieur ? À la suite de cette dépendance économique, quelle indépendance politique lorsque l’élection de la première institution du pays et des députés de la République est, presque, totalement à la charge des « partenaires » extérieurs ? Quelle indépendance culturelle, quand l’Internet et les feuilletons télévisuels latino-américains caressent les tympans et flattent la rétine de nos petits-enfants délaissés par l’éducation familiale ?

Le temps n’est pas infini, chacun s’y accorde. Il faut donc organiser, maintenant, la riposte nationale contre la corruption : sortir du discours lancinant et des déclarations intempestives pour poser des actes concrets et mesurables à la dimension du fléau. Ne versons pas aussi dans l’angélisme ! La lutte contre la corruption ne se gagne pas en un jour ou en une année. Soyons donc prudents et lucides ! Il va falloir s’armer de patience pour avoir des résultats durables et efficaces pour ne pas s’exposer à des spectacles désopilants.

Pour emprunter à Hervé Serieyx, nous devons muer en « tortues-lièvres », animaux bizarres capables de courir vite, mais également, longtemps et sans précipitation. Mais, de grâce, ne nous engageons pas seulement lorsque les « vaches sont maigres », accélérons aussi la cadence lorsque « le génie sort de la bouteille ». Et qu’enfin l’image et la réputation du Mali soient sauves ! Et que son développement puisse enfin s’amorcer !



Cheickna Bounajim Cissé 

Mali : la liberté de presse en question

(Article publié par Les Echos (Le Cercle) le 04 mai 2014)

Au Mali, l’apprentissage de la démocratie est ardu. Des progrès importants ont été réalisés en matière de liberté d’expression, mais la route est encore longue. Quatrième pouvoir, contre-pouvoir ou anti-pouvoir, la presse malienne est à l’image de la naissante et fragile démocratie du pays. Pourtant, une autre voie est possible…


Le journaliste français André Guillois disait : " Dans la plupart des pays, les citoyens possèdent la liberté de parole. Mais dans une démocratie, ils possèdent encore la liberté après avoir parlé." Au Mali, la liberté de presse est reconnue et garantie par la Constitution, loi fondamentale qui consacre l'expression plurielle. Elle est un pilier essentiel de la démocratie, pour l’avènement de laquelle les hommes de médias ont joué un rôle essentiel suite au soulèvement populaire de mars 1991 et tout récemment, lors de la crise de 2012.

Au Mali, et pas moins qu’ailleurs, l’apprentissage de la démocratie est ardu, tous ou presque s’accordent à le reconnaître. Des avancées notables ont été réalisées en matière de liberté de presse, mais la route est encore longue. Le chemin est parsemé d’embûches.

Les récentes péripéties de la crise militaro-civile ont tartiné sur les "parties molles" de la démocratie malienne. Les hommes de médias, jaloux de leur indépendance, n’ont pas résisté à l’attraction d’une image forte en écrivant avec de "l’encre bouillante" (l’expression est empruntée à Paul Claudel). Pour les tenants du pouvoir, au nord comme au sud, les journalistes s’évertuaient à agiter le sac de piment destiné à les faire éternuer. S’en est suivi une vague de violences sans précédent dans l’histoire médiatique du Mali : enlèvements, arrestations, censures, procès…

Dans ces conditions, il n’est pas certain que les défenses immunitaires de la presse, amoindries par des dérapages en son sein et aussi par des conditions d’exercice, sécuritaires, matérielles et financières extrêmement précaires, empêcheront la poussée de fièvre dans la fragile démocratie malienne de dégénérer en accès pernicieux. À moins que les différentes parties ne s’astreignent elles-mêmes à quelques indispensables compromis en évitant toute surenchère. Au nom de la double exigence de l’expression et de la responsabilité.

Le Chef de l’Institut de la Banque Mondiale, Islam Roumeen écrivait : " La survie des médias dépend de l’État qui régule leur existence, des annonceurs qui leur achètent de l’espace publicitaire et des consommateurs au service desquels ils œuvrent".

Longtemps présenté comme un modèle en matière de démocratie et de liberté de la presse en Afrique, le Mali poursuit sa descente dans les profondeurs du classement de Reporters Sans Frontières (RSF). Selon le dernier classement mondial 2014 de la liberté de la presse de RSF, le Mali perd 23 places après avoir enregistré la plus forte chute (-74) l’année dernière. Il se situe au 122e rang sur 180 pays classés dans le monde. Il est devancé par des pays comme la Finlande (1er), la Namibie (22e et champion africain de la catégorie), le Cap-Vert (24e, 2e en Afrique et 1er de l’Afrique de l’Ouest), le Ghana (27e), la France (39e), le Niger (48e), le Burkina Faso (52e), le Sénégal (62e), la Côte d’Ivoire (101e), la République centrafricaine (109e) et même le Soudan du Sud (119e). Il peut se consoler de se situer juste devant des États comme l’Angola (124e), la Colombie (126e), l’Afghanistan (128e), le Maroc (136e), et l’Érythrée qui ferme la marche mondiale (180e) !

Cette contreperformance malienne résulte des conséquences de la crise multidimensionnelle de 2012. À cette date, l’ONG américaine Committee to Protect Journalists (CPJ) avait dénombré et documenté 62 violations subies par la presse au Mali, dont 76 % d’exactions commises par les insurgés, 12 détentions et 45 stations censurées ou attaquées.

Pour relancer la machine médiatique au Mali, je propose un plan structuré en neuf points avec comme ambition une presse libre et professionnelle au service de l’information utile et précise.

1) Code d’éthique et de déontologie : une Charte de code de conduite doit être tenue au sein de la profession dont les pratiquants doivent, solennellement, la respecter et la promouvoir. Prévoir une instance d’autorégulation, forte et légitime, avec un mécanisme de sanctions à l’interne qui soit assez dissuasif pour prévenir que les éventuels manquements ne dégénèrent en conflits et procès ;

2) Formation : élever le degré de professionnalisme des journalistes par la création de l’Institut Supérieur des Métiers de la Presse (ISUMEP) opérant sous la tutelle du Ministère en charge de la Communication. Il offrira une formation de qualité dans les filières liées aux métiers de la presse, de façon autonome ou en partenariat (double diplomation) avec des écoles de journalisme (CESTI à Dakar, ESJ de Lille, IFP à Paris…). Et outre la formation initiale (niveau Licence et plus tard Master), l’ISUMEP assurera pour le compte de la Maison de la Presse la formation continue par le biais des remises à niveau, stages et ateliers de perfectionnement. La Direction Générale de l’ISUMEP doit être assurée par un exécutif (Comité de Gestion) nommé sur proposition de la Maison de la Presse ;

3) Relecture des textes régissant la presse : réviser la loi sur la presse pour l’adapter aux réalités avec comme objectif de mieux encadrer les conditions d’accès et de fonctionnement de la profession, et d’inclure les préoccupations liées au statut du journaliste, la convention collective, les conditions d’exercice de la profession, l’accès à l’information, la presse électronique, le journalisme citoyen, la protection des sources, la déontologie, la dépénalisation ;

4) Dépénaliser le délit de la presse : signer la "Déclaration de la Montagne de la Table" (DTM) qui appelle à l’abolition des lois pénales concernant les délits de diffamation et d’insulte. En lieu et place de la privation de liberté, prévoir de sanctions pécuniaires (ou même de la carte professionnelle) en cas de manquements avérés à la déontologie de la profession. Pour la mise en œuvre de cette mesure sensible, mais utile, il y a lieu de s’engager d’abord sur les deux préalables énoncés, la formation et la déontologie ;

5) Création du Fonds Spécial de Soutien à la Presse (F2SP) : ce fonds sera alimenté par l’aide publique annuelle à la presse, de taxes spéciales, des contributions et dons des partenaires bilatéraux, des organisations régionales et internationales. Le Comité de Gestion comprendrait outre les entités publiques habilitées, les organisations faîtières de presse ;

6) Aide indirecte à la presse : instaurer une "Allocation pour frais d’emploi" à hauteur de 600 000 francs CFA sous forme d’abattement fiscal applicable au revenu annuel imposable. Le bénéficiaire serait le journaliste au sens de la loi portant régime de la presse. Le bénéfice de ce dispositif est lié à l’exercice effectif de la profession de journaliste et non simplement à la possession de la carte d’identité professionnelle de journaliste. Ces avantages fiscaux de l’État sont pris en charge dans le cadre du F2SP. Pour en bénéficier, le journaliste doit être titulaire d’un contrat de travail visé par l’Inspection du Travail et être régulièrement inscrit à la caisse de cotisation sociale ;

7) Renforcer l’accès au financement bancaire : pour les entreprises de médias, ce renforcement s’articulera autour du dispositif suivant : crédit à moyen terme plafonné à 30 millions francs CFA remboursables sur 60 mois pour l’achat d’équipements d’exploitation à un taux bonifié de 8 % flat. Les matériels doivent être exonérés du paiement de droits de douane (liste, nature et quantité à préciser). Pour le fonds de roulement (achat de consommables), maintien du taux flat de 8 % avec une ligne plafonnée à 10 millions francs CFA. La bonification des taux et la garantie (50 %) du concours sont prises en charge par le F2SP. S’agissant du personnel dûment enregistré dans les livres sociaux des organes de presse, il peut bénéficier des concours bancaires suivant le dispositif suivant : prêt consommation sur une maturité de 36 mois (maximum) avec une quotité cessible autorisée à hauteur de 50 % du salaire net et la domiciliation irrévocable du salaire ;

8) Dépolitiser les organes de presse publique : faire nommer les responsables des médias publics (presse écrite et audiovisuelle) par le Conseil Supérieur de la Communication (dont la composition et les missions doivent être revisitées) après avis conforme de la Commission des Affaires Culturelles de l’Assemblée nationale. Organiser des débats politiques réguliers et équilibrés sur les chaînes publiques en dehors des rendez-vous électoraux où les gouvernants et la majorité présidentielle débattront avec l’opposition (parlementaire ou non représentée) sur les grandes questions de la nation et aussi, à chaud, sur les sujets d’actualité.

9) Garantir la sécurité des hommes de médias sur les lieux de travail conformément à la réglementation locale et au droit international.

Conclusion

Aujourd’hui, exerçant dans un environnement post-crise sensible et difficile, la presse malienne (publique et privée, écrite, électronique et audiovisuelle) assume son rôle de vraie sentinelle de la démocratie. Les journalistes, au prix de mille et un sacrifices, ont été de tous les combats et ont porté haut la voix du peuple pendant les moments difficiles de la crise. Les dérapages souvent observés au sein de la profession, exacerbés par de fortes pressions externes, sont essentiellement imputables à l’inobservation de l’éthique et de la déontologie. Les conditions matérielles et financières d’exercice plus que difficiles ne sont pas étrangères à ce constat. 

À l’évidence, la marche vers une presse libre et professionnelle ne sera pas un long fleuve tranquille. Elle s’apparente à un véritable "steeple Chase", une course d’obstacles au cours de laquelle les hommes de médias ont tout juste le temps, après une nouvelle brusquerie, de reprendre leur souffle avant d’aborder l’étape suivante. À ce rythme, il faudrait surtout craindre l’essoufflement et la perte de tonicité de ces activistes du droit à l’information. Il n’y a pas de démocratie sans presse libre. Au demeurant, l’espoir ressuscité par la stabilisation progressive des institutions républicaines autorise de poursuivre l’effort.

Dans une anecdote juive des temps modernes, rappelée par le talentueux journaliste malien Gaoussou Drabo, on raconta qu’un suppliant se tenant devant le mur des Lamentations et se balançant d’avant en arrière, répétait en litanie : " Seigneur, faites que je gagne au Loto, seigneur…" À la fin, impatienté, Dieu lui gronda à l’oreille : " Mais, au moins, joue !" Le Mali, également, est obligé de jouer pour gagner le pari des libertés fondamentales. Et de préférer au " wait and see" le " go and see". À tous, rappelons cette assertion de Maître Alain Provensal : " Le droit est indispensable pour assurer la liberté de la presse en démocratie. La presse est indispensable pour assurer en démocratie le respect du droit. La démocratie est indispensable pour la liberté de la presse et la suprématie du droit."

La voie est toute tracée pour une presse, forte et responsable, au Mali. Quel en sera donc le chemin ? C’est un défi essentiel pour la jeune et fragile démocratie malienne. See and say !


Cheickna Bounajim Cissé

Le Mali, en état de guerre imposée, doit faire la paix

(Essai publié par Les Echos (Le Cercle) le 26 mai 2014 et republié par Malijet, Maliweb...)

Face au serpent de mer que constitue désormais le conflit armé dans le septentrion du Mali, plusieurs moyens ont été déployés sans succès évident : force militaire, partis politiques, communauté internationale... La carte de la société civile doit être aussi abattue en tant que carte maîtresse et non comme joker ou supplétif. Le chemin de la paix au Mali sera long, difficile, mais nécessaire.


Les autorités maliennes, conformément aux dispositions réglementaires et de la prégnance des défis sécuritaires, ont décidé de consacrer une large part des ressources publiques à l’équipement des forces de défense et de sécurité. Depuis quelques semaines, les médias réclament les détails des contrats. L’opposition demande des comptes. Les bailleurs de fonds rouspètent. Très bien ! Il en va ainsi de la démocratie et de sa vitalité. De la gouvernance et de la transparence.
Dans le nord du Mali, il a été toujours convenu que les groupes armés s’étaient approvisionnés dans le vaste dépôt d’armes à ciel ouvert qu’était devenue la Libye post-Kadhafi et ont traversé allègrement moult frontières pour poser armes et bagages à Kidal. Soit ! Et maintenant ? Il est admis que lors des récents combats dans l'Adrar des Ifoghas, les rebelles et islamistes étaient armés jusqu’aux dents avec du matos de dernière génération. Où ont-ils acheté ce matériel ? Avec quel fonds ?

Pour autant que je sache, il n’y a pas d’usine de fabrication d’armes au Mali, ni au sud ni au nord. À ce qui s’invite à mon esprit, l’"Azawad" n’a pas encore frappé sa monnaie pour faire fonctionner la planche à billets ? Alors, quelle est donc la réalité ? À supposer que les groupes armés poursuivent leurs allers-retours pour s’approvisionner dans le vaste no man's land du Sahara ; la Libye, que je sache, n’a pas de frontière commune avec le Mali. Où faudrait-il alors mettre le curseur ?
Comment la communauté internationale, qui est capable de détecter à des milliers de km2 à la ronde, un félin de moins d’un mètre (le serval), craché, grogné, miaulé et même ronronné, est incapable d’alerter et même de stopper l’avancée de longues colonnes de pickups lourdement armés ? Comment la France qui est capable de suivre à la trace cet animal qui pisse 30 fois par heure, au point de lui emprunter le nom pour son intervention militaire, est-elle démunie à endiguer la résurgence des mouvements terroristes, coalisés en grande pompe et à toute pompe, avec les rebelles irrédentistes contre l’armée malienne ?

Pourquoi les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux ne demandent-ils pas des comptes aux groupes irrédentistes et terroristes sur leurs recettes (financement extérieur occulte, otages, trafic…) et leurs dépenses en armement lourd et sophistiqué ? OK ! J’ai oublié, ils ne sont pas sous programme du FMI.

À l’évidence, les questions sont nombreuses. Mais les réponses, peu. Nul ne peut prendre un lionceau et prétendre au repos. Pour autant, il va falloir qu’on tourne la page sans la déchirer. Un adage du terroir dit que le sein de la femme bien que gorgé de sang doit donner du lait.

Kidal est le caillou dans la chaussure de tout le monde.

Du Mali d’abord. Puisque, même à preuve de contraire, Kidal est et reste une ville malienne. Ensuite, l’Occident, particulièrement l’Europe dont les premières lignes sont si proches de cette région. La communauté internationale s’est félicitée d’avoir libéré le Mali en affirmant son intégrité territoriale. Que dire d’un pays libéré et libre si le premier ministre de céans est interdit de séjour dans une partie du territoire fût-elle Kidal, le fief de l’irrédentisme touareg ?
L'incident regrettable survenu à Kidal est l'occasion de mettre à plat toutes les questions sur la table de négociation afin que tous les acteurs (les Maliens d'abord et la communauté internationale ensuite) se parlent franchement et directement. Une précision s’impose. Évitons les amalgames inutiles et les stigmatisations. Ne nous trompons pas d’adversaire ni d’ennemi. La France et la communauté internationale ne sont pas l’ennemi du Mali. Ils sont les partenaires d’une paix qui sera longue, difficile, mais nécessaire.
Il faut saluer et honorer tous les soldats du Mali et des pays amis. Lorsqu’on travaille sur des terrains sablonneux et rocailleux, à plus de 50°C à l’ombre, on ne peut pas dire que les soldats onusiens (français compris) aient choisi la meilleure destination pour se bronzer. Qu’ils n’aient pas voulu "escorter" la délégation du chef de gouvernement en visite à Kidal, qu’ils aient refusé de prêter "main-forte" à l’armée nationale du Mali en délicatesse, au nom de la nature et du contenu de leur mandat, peut questionner et a même choqué l’opinion publique malienne. Les populations, ces derniers jours, sont sorties massivement dans les rues pour exprimer ce qu’elles qualifient de "duplicité" des forces étrangères face à une "guerre asymétrique" imposée au Mali.
Les autorités publiques, au regard des enjeux exposés, prônent le calme et la sérénité. "Nous gagnerons par la tête et non par la force", s’est exclamé le premier ministre malien face à des manifestants en colère venus spontanément à sa rencontre en ses bureaux. C’est dit. La conquête du nord, l’exercice de la souveraineté et de l’autorité de l’État sur cette partie du territoire malien ne se réaliseront pas par les armes. Mais par le dialogue. Et aussi par le développement. Et il va falloir s’y résoudre définitivement. Afin de faire l’économie de pertes en vie humaine, et d’efforts financiers et matériels. La guerre, disait Clemenceau, est une chose trop sérieuse pour qu’on la laisse aux militaires.
L’attaque de Kidal pouvait être perçue comme une "déclaration de guerre" des groupes armés contre le Mali, pour reprendre les propos émotifs, légitimes et conclusifs du premier ministre malien, Moussa Mara. Mais les enjeux et la dure réalité du terrain doivent pousser nos gouvernants à y répondre par une "déclaration de paix". C’est ce que le Conseil de Sécurité a recommandé. Dans le même sillage, c’est ce que le chef de l’État malien, Ibrahim Boubacar Keïta a compris en décidant un cessez-le-feu immédiat. L’accord qui en est sorti et qui a été arraché aux forces combattantes avec promptitude et efficacité par le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz, par ailleurs président en exercice de l’Union africaine est à saluer. Et la dynamique doit être consolidée.
Dans une de mes interventions à un débat télévisuel sur la chaîne panafricaine Africable, j'avais fait observer au regard de la sensibilité du sujet une métaphore tirée de notre riche patrimoine : " A force de confier la garde de votre tête à plusieurs personnes, vous finirez par la donner à celle qui doit la couper". Cette figure faisait allusion à la multiplication des médiateurs dans le conflit malien (Burkina Faso, Nigéria, Algérie, Maroc, Russie, Suisse, CEDEAO, UEMOA, Francophonie, Union africaine, ONU...).
Toute chose qui ne peut que démultiplier les problèmes. Chaque médiateur, avec un agenda plus ou moins révélé, peut faire prévaloir sa sensibilité et son leadership. Et dans ce domaine, le temps est un facteur mouvant. Le premier médiateur, après avoir réussi à organiser des élections presque "propres" au Mali, s’est vite fait éclipsé par plusieurs contingences, y compris des soubresauts internes. Au point de faire lui-même appel à un médiateur !

La société civile, la solution au problème malien ?

Ah ! La classe politique malienne ? Comment ne pas en dire un mot pour tant de maux ? L’histoire, et celle qui s’invite à nos yeux et à nos oreilles sous d’autres cieux nous enseigne que partout où les fondements de la nation ont été menacés, la classe politique (majorité et opposition) a toujours fait bloc derrière l’autorité en place. Quoi qu’elle en pense et dise. Que des erreurs d’appréciation militaire ou politique aient été commises dans la gestion récente de Kidal ? Cela s’entend aux discours et peut s’admettre sur pièces.

Le gouvernement l’a même reconnu à "mot entier". Mais que l’on en fasse une fixation au point de ne pas nous unir face à l’adversité est tout au moins interrogatif. Chacun aura tout le loisir de méditer ces sages conseils de cet aîné : " il faut que les flèches restent dans leur carquois, que le venin reste dans les crochets et le tison loin du feu". C’est dans les moments de grande difficulté que la solidarité doit s’affirmer. Que les peuples se rassemblent pour trouver le chemin du renouveau. Le Mali a besoin de nous tous. Et nous avons tous besoin du Mali.

Et la société civile malienne ? Pour en parler, il faut que pouvoir et acteurs se mettent d’accord sur le contenu du concept. Tantôt compris par certains comme une force indépendante et apolitique. Tantôt par d’autres comme le creuset du "Conseil Economique et social", une des institutions de la République.

Or, je suis convaincu qu’après avoir tout essayé – ou presque – pour résoudre la crise dans le septentrion du pays, force militaire (Malienne, MINUSMA, SERVAL), partis politiques, communauté internationale (avec sa cohorte de Médiateurs), la "clé en or" pourrait bien être la société civile malienne. Pour cela, il faut deux choses : une volonté politique réelle et affichée, et une réorganisation totale et en profondeur de la société civile malienne. Les récentes œillades adressées par le premier ministre malien à la jeunesse de son pays vont dans le bon sens.
Dans ce monde en parfaite turbulence, tous les pays qui ont géré les conflits à leurs portes ou en leur sein ont joué à fond la carte de la Société Civile. Au Mali, il va falloir qu'on s'y essaye à "donf".

La paix des braves

Le diplomate malien, Maître Alioune Blondin Bèye, celui que son mandant et ancien Secrétaire général de l’ONU, Boutros-Boutros Ghali, surnommait "l’orfèvre du droit international", disait : " L’homme doit être une marmite pour se mettre entre le feu et l’eau : on doit avoir la patience, tout supporter pour servir de médiateur, de conciliateur entre des personnes si différentes que le feu et l’eau".

Malgré la situation extrêmement difficile où toutes les passions peuvent se libérer et se déchaîner, il faut appeler au calme et à la sérénité. Aux groupes armés : Libérez les otages et les lieux et venez à la table de négociation ! Au pouvoir central, ce sage conseil du charismatique président américain, John Fitzgerald Kennedy : " Le temps est un outil, pas un lit pour dormir".

Chaque Malien porte en lui une partie des autres. L'indien Maharishi Mahesh Yogi le dit autrement : " Chaque goutte de sève contient la plénitude de l'arbre". Il est très difficile de trouver une famille au Mali qui n’est pas métissée. Alors, faisons la paix des braves ! Pour que nos enfants et nos petits enfants puissent se parler, se fréquenter, s’aimer, jouer et construire ensemble le Mali de leur rêve et du nôtre : un Mali fort, uni, solidaire et riche de sa diversité plurielle.

Le Mali ne peut plus se payer le luxe d'un nouvel affrontement interne à l'issue duquel tout le monde est perdant : les Maliens certes, mais la communauté internationale aussi.

Conclusion

Dans une de mes tribunes intitulée "Mali : anatomie d’un crash et thérapie de choc" publiée en août 2013 sur ce site, je "chutais" ainsi : "Le choix du Mali n’est pas entre le changement ou le refus du changement. Le choix pour le Mali réside entre changer, par la volonté de son peuple ou être changé, par le pouvoir des puissances étrangères, démocratiques ou terroristes". Presque une année après, je n’ai pas changé d’avis.


Cheickna Bounajim Cissé

Abdelaziz Alami : il était une fois le banquier-poète…

(Article publié le 23 mai 2014 par Financial Afrik, et sa version ramassée le 18 mai 2014 par Les Echos (Le Cercle) sous le titre "Hommage à Abdelaziz Alami: le chantre de l'intelligence sociale" et le 19 mai 2014 par MENA post)


Attijariwafa bank a perdu son président d’honneur, Abdelaziz Alami. L’emblématique et charismatique banquier marocain a tiré sa révérence le 11 mai. Son exceptionnelle longévité à la tête de l’ex-Banque Commerciale du Maroc et ses grandes compétences techniques et humaines ont façonné à jamais le paysage financier de son pays. Son style de management est une source intarissable pour tous les dirigeants à la recherche d’un nouveau challenge.



En ce début de printemps 2010, le soleil pondait ses premières lueurs quand je débarquais au 2, Boulevard Moulay Youssef à Casablanca. J’étais loin d’imaginer ma trouvaille. Au bout d’une allée interminable qu’ombragent de hauts palmiers titillant le bleu des cieux, se dressait un bâtiment sobre, discret, presqu’anonyme. A l’entrée, à gauche, un sigle et un petit écriteau aux couleurs abstinentes sont les seuls signes distinctifs des lieux. Je suis bien au siège de l’un des groupes bancaires les plus puissants du continent africain, Attijariwafa bank. L’immeuble, tout de blanc vêtu, évoque la pureté et la simplicité. Il se dresse sur six niveaux avec de longs éventails comme pour se préserver de l’extérieur. La façade rustique et frugale aux boîtes fermement imbriquées indique l’intemporalité de céans. J’ai vite compris que son concepteur a voulu que « la maison » résiste à son passage, qu’elle lui ressemble et qu’elle rassemble les valeurs qu’il incarne : humilité, robustesse, solidarité, efficacité…Elles constitueront plus tard la trame de la culture d’entreprise du groupe bancaire marocain.


Ce concepteur hors pair, féru des arts et de la poésie, a un nom : Abdelaziz El Alami Hassani. Cette grande figure de la communauté bancaire marocaine a dirigé pendant 40 ans l’ex-Banque Commerciale du Maroc (BCM), devenue en 2003 Attijariwafa bank suite à sa fusion avec Wafabank.
Plus tard, le 28 novembre 2012, je fleuretais le regard enchanté de cet inventaire des « boutiques d’argent ». Une longue écharpe au cou, drapé dans un costume gris sobre, le banquier-poète avait gratifié l’assistance de « propos d’une rare finesse poétique et intellectuelle », pour reprendre l’expression de mon red’chef. C’était à l’occasion de l’inauguration mémorable du nouveau siège de la Banque Privée du groupe où une des ailes fut baptisée au nom de l’illustre disparu.
Pour lui rendre hommage, j’ai tenu à vous faire partager de larges extraits d’une interview qu’il a accordée au quotidien marocain, L’Economiste, dont il fut d’ailleurs l’un des fondateurs. C’était en mai 1994, vingt ans avant sa disparition, presque jour pour jour ! Une vraie leçon de vie et de management !


Afin de mieux décrypter son style de management, j’ai choisi les grands moments de cet entretien que j’ai regroupés autour de dix thèmes managériaux.


1) La vision

Abdelaziz Alami était d’abord un visionnaire bucolique avant d’être un dirigeant pragmatique. Il disait qu’« une situation d’entreprise, c’est rêver et réaliser. »


2) Le style de direction

La théorie n’est pas la tasse de thé de ce dirigeant de banque. Il préfère décider sur la base de quelques données chiffrées que d’une note détaillée.  « Si vous distinguez nettement entre débit et crédit, vous avez en vous le savoir essentiel » aimait-il répéter. « Le management se trouve partout, sauf dans les livres de management. » déclarait-t-il sans sourciller. A ses dires, il puise la force de son inspiration dans la poésie, la littérature et même dans la vie conjugale, mais « jamais dans la lecture des ouvrages de management. »


La marque de fabrique de ce banquier émérite : « S’occuper des hommes qui, eux, s’occuperont de la banque. » Il précise : « Pour la partie technique de la banque, j’ai les hommes pour cela. Mon rôle à moi est d’être le grand chef du fonctionnement humain de la maison. C’est d’être aussi en avant des autres, au milieu d’eux, ou derrière eux en train de les pousser un peu. Une maison qui a réglé les problèmes humains n’a pas réglé les autres problèmes. Elle est apte à les régler. » Il ajoute : « Et mon apport principal est que les gens soient heureux de travailler ensemble. Si j’ai acquis un certain savoir-faire, ce sera celui-là. Si j’ai un jour une technologie à enseigner, ce sera celle-là. »
Pour définir un homme de qualité, il répond incidemment à la posture qui doit être celle d’un bon dirigeant : « C’est un homme élégant, qui a le sens de l’économie des mots et des gestes. L’économie des moyens, beaucoup de pudeur. Il faut faire très bien, sans trop le montrer. L’expansion est dans l’action, pas dans le geste. Il faut faire beaucoup comme si on ne faisait rien… La récompense doit être en soi. Pour les croyants, elle est en Dieu. »


Aux risques liés à la personnalisation du pouvoir, admirez toute la lucidité de l’homme de pouvoir qui en connaît les limites: « On ne dirige pas une entreprise en étant anonyme. Un “chef” ne doit être ni anonyme ni quelconque. Il y a des moyens d’éviter l’autoritarisme et le culte de la personnalité en s’exposant continuellement à la critique. D’abord de sa propre femme… La critique est objective. Elle concerne la manière de conduire la maison. L’affection et l’estime profonde suivent. La critique doit être provoquée sur le projet de la banque, pas sur le côté personnel. »
Il déteste qu’on lui fasse la cour. « C’est facile à sentir dès que les propos deviennent appuyés. “Je vous dispense de me comparer à Dieu”, dit Napoléon à un courtisan. Mais c’est comme l’odeur d’un bon parfum. Il faut avoir le courage de couper court. Car la plupart des parfums tournent. »


3) Les valeurs

Le président légendaire de l’ex- BCM prône cinq valeurs :
- « Mieux faire, mieux servir le client, car il va de soi que l’employé, lui, doit laisser la banque le servir ;
- Se former chaque jour ;
- Penser à l’intérêt de la maison avant le sien propre ;
- Le patriotisme ;
- Etre les meilleurs, c’est se mesurer aux autres et les dépasser. Etre les meilleurs n’est pas forcément être les seuls. Nous ne voulons être ni vaniteux ni inamicaux avec notre agressivité commerciale. C’est une agressivité objective. Pas contre les autres, mais contre les tendances à la facilité, donc contre nous-mêmes. »

4) La légitimité

Voici sa compréhension de ce concept : « C’est votre compétence reconnue par le personnel. La légalité, elle vient du Conseil d’administration. »
Il nous fait accéder à sa hauteur : « Je préfère mes collaborateurs au succès. » Et il se justifie : « Avec eux, un échec ne serait jamais définitif. Un succès où ils ne seraient pas heureux serait très provisoire. Si mes collaborateurs sont malheureux, leur succès est éphémère. S’ils sont heureux, leur échec serait provisoire et surmonté. »
Il ajoute « Je ne crois pas qu’on puisse faire quelque chose de valable sans charisme. C’est un magnétisme, une magie. Il n’y a pas un de mes collaborateurs que je ne voie une fois par mois. S’agissant des problèmes personnels, au sens large, je leur consacre 2/3 de mon temps. » Il conclut en ces termes : « Que la maison ne m’ait pas rejeté est la preuve qu’il s’est passé quelque chose. Et pourtant, en [40 ans], on a le temps de se lasser les uns des autres. »


5) L’autorité

Adepte du commandement par leadership, il déclare « quand il m’arrive d’utiliser mon autorité, j’ai un sentiment d’échec. Mais tous les systèmes dérivent. Il faut barrer toutes les voies de dérivation. Il faut observer les gens en train d’avancer. Il faut être moins leur chef que leur porte-drapeau. » Pour cela, « il faut susciter l’affection et l’estime. C’est ainsi que les gens vous suivent. »
« Je n’ai pas à licencier des gens, parce qu’au niveau du recrutement je suis très sévère. Une fois que les gens sont chez moi, j’en suis responsable. Quelqu’un recruté sur des bases sévères devra donner satisfaction. Si ce n’est pas le cas, il y a une faute quelque part. Au recrutement ou après. »
« Si je devais prendre des mesures désagréables, ce serait encore plus cruel pour moi que pour les autres. Cet exercice est plutôt complexe, car il faut tenir compte de l’histoire de la banque et des possibilités de chacun. »
Et pour une faute commise? « Il y a la faute professionnelle. Quelqu’un se trompe. Il est pardonnable s’il a commis cette erreur de bonne foi. Quant à la faute morale (main à la caisse, manipulation des comptes de la clientèle), elle est impardonnable. »
Et la sanction ?  « Je n’aime pas exposer les gens au pilori. C’est moyenâgeux. Chacun a une famille, des amis. Que ses collègues le sachent. Cela suffit. Il faut rester discret dans la sanction. »
Et la récompense ? « Quelqu’un qui vous dit, avant de mourir, au bout de 50 ans, “je vous ai adoré” est un sadique. Quand quelqu’un a fait quelque chose de bien, il faut le lui dire. Les choses vont d’elles-mêmes. C’est encore mieux quand on le dit. Les hommes ont besoin d’être reconnus. »


6) La performance

A l’allure fine et distinguée, Abdelaziz Alami avait sa compréhension du concept. Il disait que « La performance en elle-même n’est pas une valeur. C’est une mesure. Ou alors, cela suppose que l’on fabrique des mercenaires qu’il faudra chaque jour payer jusqu’à total épuisement. »


7) Le recrutement

Pour l’interviewé, il y a deux critères essentiels qui militent en faveur du choix de ses collaborateurs: « Le professionnalisme et la sincérité. »  Il ajoute que le collaborateur « doit être bon pour la banque. Je n’écarte jamais un homme parce que sa tête ne me revient pas. Mais il faut que son professionnalisme me revienne. Je serais malheureux qu’il ne m’aime pas. Mais ça finira par s’arranger. Il y a des couples qui finissent par s’aimer avec le temps, par estime. »


8) La communication

Colbert disait que : « Tout homme qui est mal informé ne peut s’empêcher de mal raisonner ». Nous ajoutons que « Tout homme qui raisonne mal ne peut que mal agir ». M. Alami semble de cet avis. Pour lui, le personnel a droit à « l’information totale sur la vie de la maison. Même les documents du ressort du Conseil sont communiqués aux cadres. Ils peuvent en parler aux autres. Il y a aussi les rencontres très fréquentes. On parle du quotidien, mais aussi de demain plutôt que d’aujourd’hui. Ce qui suppose que les gens soient “tendus” vers l’avenir qui repose d’ailleurs sur le présent. » Ce dispositif de transparence et de partage ainsi mis en place permet de réduire les rumeurs et anticipe sur les humeurs. « Quand vous arrivez dans une agence de quartier ou de province, le bonheur se voit ou ne se voit pas du premier coup d’œil. Il y a des personnes très performantes qui ne sont pas heureuses. » ajoute le grand mécène qu’il fût.
Il connait tout son personnel, du proche collaborateur à l’employé du guichet, du siège à la province : « Il n’y en a pas un seul que je ne connaisse de visu… Je ne mettrai pas un nom sur son visage, mais je le reconnaîtrai dans la rue. Et lui de même. » Toujours avec le souci de l’équilibre même dans le ressenti. Cette grande proximité avec le personnel n’est nullement un frein à l’autorité hiérarchique. Il précise : « Je ne suis pas le juge de première instance. Je suis le juge d’appel et de recours. Il y a les canaux traditionnels de la voie hiérarchique. S’ils ne fonctionnent pas, les gens savent qu’ils peuvent venir me voir. Mais les 9/10 des problèmes remontent par les canaux ordinaires qui sont propres, fluides. »


9) La gestion des conflits

Abdelaziz Alami répond sans détours : « La concurrence n’est pas le conflit. Que le meilleur l’emporte, à un certain moment et pas pour l’éternité… Je ne souhaite pas la grève. Mais ce que je souhaite c’est que le mécontentement soit exprimé. Cela m’aurait ennuyé que mes employés ne fassent pas grève. Il n’y a pas de raison qu’ils me fassent cadeaux sur ce plan. Ce serait domestiquer mes collaborateurs que d’espérer d’eux qu’ils ne soient pas solidaires des autres. Ils sont libres. »
Il poursuit : « Ce serait malheureux qu’il n’arrive jamais rien à la banque. Quand quelque chose survient sur un bateau, où d’habitude il n’arrive jamais rien, il sombre, car il est déjà en haute mer. Des mouvements d’insatisfaction ne sont pas à craindre. Il faut les gérer quand ils se produisent. C’est toujours instructif. C’est comme si vous dites à votre conjoint “je te quitte”, c’est un signal. Il faut qu’il réponde: “parlons-en”. »


10) Les relations intergénérationnelles

Pour M. Alami que les jeunes soient impétueux, est normal. « S’ils ne l’étaient pas, ce serait le monde à l’envers. C’est normal que moi je sois sage. Mais la sagesse n’est pas forcément la vieillesse. En fait, c’est une chaîne. Les uns prennent en main les autres, les suivants. J’ai été directeur de, l’Office des Changes à 24 ans. On peut donc exercer des responsabilités très jeune… Tout se règle dans le dépassement. Tout s’exacerbe dans les positions de repli et de défense. »
Il conclut par cette grande leçon d’humanisme : « Tous les êtres sont beaux à regarder. Il suffit pour cela de les aimer. »

Conclusion


La vie est et sera ce qu’elle fut, éphémère et amère. Abdelaziz Alami a vécu au service de sa passion : son métier et sa banque. Malgré sa réussite exceptionnelle, il est resté simple et humble. Il avait presque toutes les qualités du dirigeant modèle prônées par Hervé Séryex : un « épanouisseur » de talents, un générateur de projets, un libérateur d’autonomie, un multiplicateur d’énergies, un leader de progrès… Tout uniment, il était la quintessence de l’intelligence sociale. Il fit de la BCM, modeste banque domestique des années 70, un « champion national » à l’ambition panafricaine. Sa Majesté le Roi du Maroc a salué « les qualités humaines du défunt, son patriotisme sincère, sa culture remarquable, et une grande compétence dans le domaine de la finance et des affaires ».


Pierre-Gilles de Gennes citant H. Casimir, grand maître de la physique en Hollande, disait : « Presque tout ce que nous faisons est écrit sur le sable, et s’efface dans le vent. Toutefois, il nous est peut-être donné d’avoir une tablette de métal sur laquelle nous inscrirons un ou deux signes plus durables. »


Cet article est écrit sur le sable. Mais l’œuvre de Si-Alami est gravée sur l’airain. Sa bonhomie naturelle rappelle un autre poète, ancien président de la République française, Georges Pompidou qui mourut comme il vécut, sans « sans fleurs, ni couronnes » avec juste comme épitaphe, ses maux en ses mots : « Les peuples heureux n’ont pas d’histoire, je souhaiterais que les historiens n’aient pas trop de choses à dire sur mon mandat ».


La fin des grands hommes est toujours triste. Mais leur souvenir reste éternel. Gageons, conjurons, adjurons que ceux qui se réclament de l’héritage managérial du De cujus, le « maître », puissent perpétuer son œuvre inamissible en faisant preuve de grandes qualités morales et humaines dans la conduite des affaires de la cité et de la construction de l’ambition africaine.


A ce sujet, convions à l’esprit cette assertion de l’ancien Grand chancelier des ordres nationaux du Mali, le Colonel Koké Dembélé : « Mourir après avoir accompli un devoir, c’est mériter de vivre toujours. » Chapeau bas, Monsieur le banquier-poète !




Cheickna Bounajim Cissé

Le capital minimum des banques en Afrique : aspects réglementaires et pratiques


(Article publié le 30 mai 2014 par Les Echos (Le Cercle))

L’Afrique subsaharienne attire de plus en plus d’investisseurs. Tous les grands groupes bancaires sont en train de mener une offensive tous azimuts sur le continent. Quelles sont les conditions requises pour s’implanter en zones CEMAC et UEMOA ? Après avoir traité du sujet lié à la politique d’expatriation, dans un précédent article, nous abordons ici la question du capital minimum requis.


L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est un ensemble économique composé de huit États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, dont l'institut d'émission est la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Quant à la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), c’est un espace économique formé de six États d’Afrique centrale : le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, avec comme institut d'émission, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).
Avec 143 millions de consommateurs, les deux ensembles appartiennent à la zone franc dont la monnaie (FCFA) est arrimée à l’euro selon une parité fixe (1 euro = 655,957 francs CFA). Ils présentent plusieurs points de convergence :
- La même langue officielle : le français ;
- La même règlementation des affaires : le droit des affaires commun est promu par l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) dotée d’une institution arbitrale, la Cour commune de justice et d'arbitrage (CCJA) ;
- La même monnaie : le franc CFA dont la valeur est garantie par le Trésor public français, même s'il n’est pas interchangeable entre les deux zones. Dans la CEMAC, le franc CFA signifie franc de la Coopération Financière en Afrique centrale avec comme code XAF. En zone UMOA, le franc CFA n’a ni la même signification (franc de la Communauté Financière Africaine) ni le même code (XOF).
L’analogie se poursuit aussi au niveau de certains agrégats économiques et financiers :
- Presque le même niveau de production (PIB) : 45 992 milliards XAF (environ 70,1 milliards d’euros) pour la CEMAC et 40 244 milliards XOF (61,3 milliards d’euros environ) pour l’UEMOA en 2012 ;
- Presque le même taux de croissance économique : 5,2 % pour la CEMAC et 6,4 % pour l’UEMOA en 2012 ;
- Presque le même niveau de bancarisation : moins de 10 % de la population issue des deux zones a accès aux services bancaires.
Ce contexte, extrêmement favorable pour un groupe bancaire à réseau élitiste (banque de niche) ou à réseau large ( mass market), permet d’essaimer, à faible coût et dans un délai raisonnable, un modèle économique unique avec des légères variantes liées à la prise en charge des spécificités locales.
Quel est le capital minimum requis pour implanter une banque en zones CEMAC et UEMOA ? Quels en sont les aspects réglementaires ? Quelle est la réalité sur le terrain ?
I) Aspects réglementaires
a) Zone CEMAC
Texte de référence : règlement COBAC R-2009/01/portant fixation du capital social minimum des établissements de crédit
"Article 1er – Les établissements bancaires ayant leur siège social sur le territoire de la CEMAC doivent disposer d’un capital social minimum égal à 10 milliards de FCFA.
Article 4 – Les établissements de crédit de la CEMAC en activité avant l’entrée en vigueur du présent règlement bénéficient d’une période transitoire de cinq ans à compter du 1er juin 2009 pour s’y conformer. À cet effet, toutes les banques doivent porter leur capital social à au moins 5 000 millions à fin juin 2010, à 7 500 millions à fin juin 2012 et à 10 000 millions à fin juin 2014 tandis que tous les établissements financiers devront porter leur capital au moins 1 000 millions à fin juin 2010, à 1 500 millions à fin juin 2012 et à 2 000 millions à fin juin 2014".
Résumé : En Afrique centrale, dans la zone CEMAC, pour les établissements en activité avant 2009, le capital social de XAF 10 milliards (environ 15 millions d’euros) n’est obligatoire qu’à partir de fin juin 2014. Par contre, pour tous les établissements de crédit créés (en cours ou à créer) à partir de 2009, ils ont été assujettis au capital minimum de XAF 10 milliards.
b) Zone UEMOA
Texte de référence : Avis n° 01/2007/rb du 2 novembre 2007 aux banques et établissements financiers relatif au relèvement du capital social minimum des établissements de crédit de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA)
Le Conseil des ministres de l’Union a décidé, en sa session ordinaire du 17 septembre 2007, de relever le capital social minimum applicable aux banques de l’Union Monétaire ouest-africaine (UMOA) à 10 milliards. En application de cette décision, il est précisé que :
• Le capital social minimum est porté, dans une première phase, à 5 milliards pour les banques, à compter du 1er janvier 2008. Les banques et établissements financiers en activité doivent se conformer à ces nouveaux seuils au plus tard le 31 décembre 2010 ;
• Les nouveaux seuils sont applicables aux demandes d’agrément en qualité de banque ou d’établissement financier introduits à compter de la date d’entrée en vigueur de la mesure ;
• La date d’application du seuil de 10 milliards pour les banques sera indiquée à l’issue de la première phase.
Ces éléments sont par ailleurs contenus dans le Dispositif prudentiel applicable aux banques et aux établissements financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) à compter du 1er janvier 2000 qui dispose : "En application de l’article 34 de la nouvelle loi portant réglementation bancaire entrée en vigueur le 1er avril 2010, le montant du capital social minimum des banques est fixé à 5 milliards de FCFA à compter du 1er janvier 2008 dans tous les États de l’UMOA. Il sera porté à dix (10) milliards de FCFA à une date à fixer par le Conseil des ministres".
Résumé : en Afrique de l’Ouest, dans la zone UMOA, pour les banques en activité, le capital social minimum doit être de XOF 5 milliards (environ 7,5 millions d’euros) depuis le 1er janvier 2011. Pour ce qui est de l’effectivité du relèvement du seuil à XOF 10 milliards (environ 15 millions d’euros), les autorités communautaires (Conseil de ministres de l’UMOA) n’ont pas encore statué sur une date de mise en vigueur. Par contre, pour les banques créées (en cours ou à créer), il est requis un capital compris entre 5 et 10 milliards (appréciation faite par la BCEAO et la Commission bancaire lors de l’instruction du dossier d’agrément).
II) Aspects pratiques
Le capital minimum de FCFA 5 milliards en vigueur dans l’UMOA depuis le 1er janvier 2011 n’est pas respecté par tous les établissements de crédit en activité. Selon le dernier rapport annuel de la Commission Bancaire de l’UMOA, il y avait encore 24 banques à fin décembre 2012, soit 23 % de l’ensemble du secteur bancaire, qui ne respectaient pas cette norme prudentielle.
La question suivante s’impose : si, après un délai de cinq ans, 1 banque sur 4 n’arrive toujours pas à respecter le minimum réglementaire de FCFA 5 milliards (environ 7,5 millions d’euros), quelle situation prévaudrait lorsque l'obligation sera faite aux assujettis de relever leur capital social à 10 milliards de FCFA (environ 15 millions d’euros) ?
Sous ce prisme, une extrapolation hasardeuse, mais probable devrait ramener le nombre de banques de 105 banques à moins d'une cinquantaine dans la zone UEMOA.
D’autant plus que cette nouvelle norme est même insuffisante par rapport à la pratique observée dans d’autres pays sur le continent.
- Au Maroc, le capital minimum d’une banque est fixé à 200 millions de dirhams (environ 18,2 millions d’euros) suivant la loi n°34-03 relative aux établissements de crédit et organismes assimilés promulguée par le dahir n° 1-05-178 du 15 Moharrem 1427 (14 février 2006) ;
- En Algérie, d’après l’ordonnance n° 0311 du 26/08/2003 relative à la monnaie et au crédit, le capital minimum requis pour une banque est fixé à 10 milliards de dinars (100 millions d’euros environ) ;
- En Tunisie, la loi bancaire n° 2006-19 du 2 mai 2006 modifiant la loi 2001-65 du 10 juillet 2001 dispose que toute banque doit justifier, lors de sa création, d’un capital minimum de 25 millions de dinars (soit 11,275 millions d’euros).
En Afrique de l’Ouest, au Ghana, le capital minimum réglementaire a été relevé à 60 millions de cédi ghanéen (environ 22 millions d’euros) en 2012. Il devrait atteindre prochainement 120 millions de cédi ghanéen (44 millions d’euros) dans le cadre de la poursuite de l’assainissement du secteur bancaire.
Au Nigéria, la banque centrale exige un ticket d’entrée plus élevé. La restructuration du marché bancaire intervenue en 2005 dans ce pays a nécessité le relèvement du capital social des banques de 200 millions de nairas (1,3 million d’euros) à 25 milliards de nairas (163 millions d’euros). Cette vaste "opération d’aseptisation" a permis de réduire drastiquement le nombre de banques qui est passé de 89 à 25. Elle a surtout contribué à l’émergence de véritables "champions bancaires", capables de rivaliser avec leurs géants sud-africains.
Et, les résultats sont là. Dans un article publié dans le Financial Times en août 2010, Jim O’Neill, chef économiste chez Goldman Sachs et inventeur de l’acronyme "BRIC", prédisait que le Nigeria pourrait bien, en 2050, peser plus lourd que le Canada, l’Italie ou la Corée du Sud. D’autres experts présagent que le Nigéria serait la plus grande puissance économique de l’Afrique à l’horizon 2030.
Selon les prévisions de la Standard Chartered Bank, le Nigéria pourrait bien passer devant l’Afrique du Sud plus tôt que prévu avec un PIB projeté de 357 milliards de dollars à l’horizon 2023. Récemment, avec la révision de la méthode de calcul du PIB du Nigéria, les institutions internationales l’ont reclassé au premier rang des économies africaines. Même si, pour reprendre à notre compte la formule du journaliste Adama Wade, l’embonpoint n’est toujours pas un signe de bonne santé.

Conclusion

Investir en Afrique est une véritable opportunité pour les groupes bancaires étrangers, panafricains, multirégionaux et régionaux qui y découvrent un grand boulevard de croissance externe. Pour plusieurs d’entre eux, notamment magrébins, la moisson est fructueuse. En moins de sept ans d’activité, la participation des filiales subsahariennes dans la formation du produit net bancaire (PNB) agrégé varie entre 25 % et 30 %. C’est pourtant loin d’être le chemin le plus difficile. Tant tout – ou presque – est à faire ou à refaire sur ce continent. Le vrai challenge est de se maintenir, et même de renforcer ses positions, dans ce Nouveau Monde qu’est devenu l’Afrique.


Cheickna Bounajim Cissé