dimanche 3 août 2014

Le capital minimum des banques en Afrique : aspects réglementaires et pratiques


(Article publié le 30 mai 2014 par Les Echos (Le Cercle))

L’Afrique subsaharienne attire de plus en plus d’investisseurs. Tous les grands groupes bancaires sont en train de mener une offensive tous azimuts sur le continent. Quelles sont les conditions requises pour s’implanter en zones CEMAC et UEMOA ? Après avoir traité du sujet lié à la politique d’expatriation, dans un précédent article, nous abordons ici la question du capital minimum requis.


L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est un ensemble économique composé de huit États d’Afrique de l’Ouest : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, dont l'institut d'émission est la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Quant à la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC), c’est un espace économique formé de six États d’Afrique centrale : le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, avec comme institut d'émission, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC).
Avec 143 millions de consommateurs, les deux ensembles appartiennent à la zone franc dont la monnaie (FCFA) est arrimée à l’euro selon une parité fixe (1 euro = 655,957 francs CFA). Ils présentent plusieurs points de convergence :
- La même langue officielle : le français ;
- La même règlementation des affaires : le droit des affaires commun est promu par l'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) dotée d’une institution arbitrale, la Cour commune de justice et d'arbitrage (CCJA) ;
- La même monnaie : le franc CFA dont la valeur est garantie par le Trésor public français, même s'il n’est pas interchangeable entre les deux zones. Dans la CEMAC, le franc CFA signifie franc de la Coopération Financière en Afrique centrale avec comme code XAF. En zone UMOA, le franc CFA n’a ni la même signification (franc de la Communauté Financière Africaine) ni le même code (XOF).
L’analogie se poursuit aussi au niveau de certains agrégats économiques et financiers :
- Presque le même niveau de production (PIB) : 45 992 milliards XAF (environ 70,1 milliards d’euros) pour la CEMAC et 40 244 milliards XOF (61,3 milliards d’euros environ) pour l’UEMOA en 2012 ;
- Presque le même taux de croissance économique : 5,2 % pour la CEMAC et 6,4 % pour l’UEMOA en 2012 ;
- Presque le même niveau de bancarisation : moins de 10 % de la population issue des deux zones a accès aux services bancaires.
Ce contexte, extrêmement favorable pour un groupe bancaire à réseau élitiste (banque de niche) ou à réseau large ( mass market), permet d’essaimer, à faible coût et dans un délai raisonnable, un modèle économique unique avec des légères variantes liées à la prise en charge des spécificités locales.
Quel est le capital minimum requis pour implanter une banque en zones CEMAC et UEMOA ? Quels en sont les aspects réglementaires ? Quelle est la réalité sur le terrain ?
I) Aspects réglementaires
a) Zone CEMAC
Texte de référence : règlement COBAC R-2009/01/portant fixation du capital social minimum des établissements de crédit
"Article 1er – Les établissements bancaires ayant leur siège social sur le territoire de la CEMAC doivent disposer d’un capital social minimum égal à 10 milliards de FCFA.
Article 4 – Les établissements de crédit de la CEMAC en activité avant l’entrée en vigueur du présent règlement bénéficient d’une période transitoire de cinq ans à compter du 1er juin 2009 pour s’y conformer. À cet effet, toutes les banques doivent porter leur capital social à au moins 5 000 millions à fin juin 2010, à 7 500 millions à fin juin 2012 et à 10 000 millions à fin juin 2014 tandis que tous les établissements financiers devront porter leur capital au moins 1 000 millions à fin juin 2010, à 1 500 millions à fin juin 2012 et à 2 000 millions à fin juin 2014".
Résumé : En Afrique centrale, dans la zone CEMAC, pour les établissements en activité avant 2009, le capital social de XAF 10 milliards (environ 15 millions d’euros) n’est obligatoire qu’à partir de fin juin 2014. Par contre, pour tous les établissements de crédit créés (en cours ou à créer) à partir de 2009, ils ont été assujettis au capital minimum de XAF 10 milliards.
b) Zone UEMOA
Texte de référence : Avis n° 01/2007/rb du 2 novembre 2007 aux banques et établissements financiers relatif au relèvement du capital social minimum des établissements de crédit de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA)
Le Conseil des ministres de l’Union a décidé, en sa session ordinaire du 17 septembre 2007, de relever le capital social minimum applicable aux banques de l’Union Monétaire ouest-africaine (UMOA) à 10 milliards. En application de cette décision, il est précisé que :
• Le capital social minimum est porté, dans une première phase, à 5 milliards pour les banques, à compter du 1er janvier 2008. Les banques et établissements financiers en activité doivent se conformer à ces nouveaux seuils au plus tard le 31 décembre 2010 ;
• Les nouveaux seuils sont applicables aux demandes d’agrément en qualité de banque ou d’établissement financier introduits à compter de la date d’entrée en vigueur de la mesure ;
• La date d’application du seuil de 10 milliards pour les banques sera indiquée à l’issue de la première phase.
Ces éléments sont par ailleurs contenus dans le Dispositif prudentiel applicable aux banques et aux établissements financiers de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) à compter du 1er janvier 2000 qui dispose : "En application de l’article 34 de la nouvelle loi portant réglementation bancaire entrée en vigueur le 1er avril 2010, le montant du capital social minimum des banques est fixé à 5 milliards de FCFA à compter du 1er janvier 2008 dans tous les États de l’UMOA. Il sera porté à dix (10) milliards de FCFA à une date à fixer par le Conseil des ministres".
Résumé : en Afrique de l’Ouest, dans la zone UMOA, pour les banques en activité, le capital social minimum doit être de XOF 5 milliards (environ 7,5 millions d’euros) depuis le 1er janvier 2011. Pour ce qui est de l’effectivité du relèvement du seuil à XOF 10 milliards (environ 15 millions d’euros), les autorités communautaires (Conseil de ministres de l’UMOA) n’ont pas encore statué sur une date de mise en vigueur. Par contre, pour les banques créées (en cours ou à créer), il est requis un capital compris entre 5 et 10 milliards (appréciation faite par la BCEAO et la Commission bancaire lors de l’instruction du dossier d’agrément).
II) Aspects pratiques
Le capital minimum de FCFA 5 milliards en vigueur dans l’UMOA depuis le 1er janvier 2011 n’est pas respecté par tous les établissements de crédit en activité. Selon le dernier rapport annuel de la Commission Bancaire de l’UMOA, il y avait encore 24 banques à fin décembre 2012, soit 23 % de l’ensemble du secteur bancaire, qui ne respectaient pas cette norme prudentielle.
La question suivante s’impose : si, après un délai de cinq ans, 1 banque sur 4 n’arrive toujours pas à respecter le minimum réglementaire de FCFA 5 milliards (environ 7,5 millions d’euros), quelle situation prévaudrait lorsque l'obligation sera faite aux assujettis de relever leur capital social à 10 milliards de FCFA (environ 15 millions d’euros) ?
Sous ce prisme, une extrapolation hasardeuse, mais probable devrait ramener le nombre de banques de 105 banques à moins d'une cinquantaine dans la zone UEMOA.
D’autant plus que cette nouvelle norme est même insuffisante par rapport à la pratique observée dans d’autres pays sur le continent.
- Au Maroc, le capital minimum d’une banque est fixé à 200 millions de dirhams (environ 18,2 millions d’euros) suivant la loi n°34-03 relative aux établissements de crédit et organismes assimilés promulguée par le dahir n° 1-05-178 du 15 Moharrem 1427 (14 février 2006) ;
- En Algérie, d’après l’ordonnance n° 0311 du 26/08/2003 relative à la monnaie et au crédit, le capital minimum requis pour une banque est fixé à 10 milliards de dinars (100 millions d’euros environ) ;
- En Tunisie, la loi bancaire n° 2006-19 du 2 mai 2006 modifiant la loi 2001-65 du 10 juillet 2001 dispose que toute banque doit justifier, lors de sa création, d’un capital minimum de 25 millions de dinars (soit 11,275 millions d’euros).
En Afrique de l’Ouest, au Ghana, le capital minimum réglementaire a été relevé à 60 millions de cédi ghanéen (environ 22 millions d’euros) en 2012. Il devrait atteindre prochainement 120 millions de cédi ghanéen (44 millions d’euros) dans le cadre de la poursuite de l’assainissement du secteur bancaire.
Au Nigéria, la banque centrale exige un ticket d’entrée plus élevé. La restructuration du marché bancaire intervenue en 2005 dans ce pays a nécessité le relèvement du capital social des banques de 200 millions de nairas (1,3 million d’euros) à 25 milliards de nairas (163 millions d’euros). Cette vaste "opération d’aseptisation" a permis de réduire drastiquement le nombre de banques qui est passé de 89 à 25. Elle a surtout contribué à l’émergence de véritables "champions bancaires", capables de rivaliser avec leurs géants sud-africains.
Et, les résultats sont là. Dans un article publié dans le Financial Times en août 2010, Jim O’Neill, chef économiste chez Goldman Sachs et inventeur de l’acronyme "BRIC", prédisait que le Nigeria pourrait bien, en 2050, peser plus lourd que le Canada, l’Italie ou la Corée du Sud. D’autres experts présagent que le Nigéria serait la plus grande puissance économique de l’Afrique à l’horizon 2030.
Selon les prévisions de la Standard Chartered Bank, le Nigéria pourrait bien passer devant l’Afrique du Sud plus tôt que prévu avec un PIB projeté de 357 milliards de dollars à l’horizon 2023. Récemment, avec la révision de la méthode de calcul du PIB du Nigéria, les institutions internationales l’ont reclassé au premier rang des économies africaines. Même si, pour reprendre à notre compte la formule du journaliste Adama Wade, l’embonpoint n’est toujours pas un signe de bonne santé.

Conclusion

Investir en Afrique est une véritable opportunité pour les groupes bancaires étrangers, panafricains, multirégionaux et régionaux qui y découvrent un grand boulevard de croissance externe. Pour plusieurs d’entre eux, notamment magrébins, la moisson est fructueuse. En moins de sept ans d’activité, la participation des filiales subsahariennes dans la formation du produit net bancaire (PNB) agrégé varie entre 25 % et 30 %. C’est pourtant loin d’être le chemin le plus difficile. Tant tout – ou presque – est à faire ou à refaire sur ce continent. Le vrai challenge est de se maintenir, et même de renforcer ses positions, dans ce Nouveau Monde qu’est devenu l’Afrique.


Cheickna Bounajim Cissé

Les groupes bancaires en Afrique : guide pratique de l’expatrié

(Article publié le 21 mai 2014 par Financial Afrik et le 12 mai 2014 par Les Echos (Le Cercle), dans sa version courte sous le titre "Guide pratique de l'expatriation en Afrique: usages et précautions")


L’Afrique est le principal contributeur de la croissance mondiale. Gorgée d’opportunités et de risques, elle fascine ou intrigue. Tout, ou presque, est à faire ou à refaire. Les groupes bancaires y voient un véritable boulevard de croissance. Trouver des candidats pour nourrir cette ambition africaine reste un véritable défi. Pour beaucoup d’expatriés, c’est un grand saut dans le vide. Quels sont les bons plans à construire et les pièges à éviter ?

Mali : Comment ne pas s’engager pour la paix et le développement ?

(Article publié le 03 juin 2014 (mon anniversaire) par Financial Afrik, par le journal Les Echos du Mali, le 09 juin 2014 par Les Echos (Le Cercle) en France et republié par Malijet, Maliweb...)




Depuis plus de deux ans, le Mali est en proie à une crise multiforme dont il peine à se remettre. Les récents soubresauts militaires au nord du pays et son écho politique au sud ne sont pas de nature à faciliter le retour d’une paix durable. Le Mali a vacillé, il est même tombé mais il se relèvera. Car, comme le dit le poète, tomber a été inventé pour se relever. Engageons-nous pour le Mali !




La République du Mali est un pays africain, sans littoral, situé dans la bande sahélo-saharienne et frontalier de sept pays (Algérie, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mauritanie, Niger, Sénégal). Indépendant depuis le 22 septembre 1960, c’est un pays de 15 millions d’habitants (dont près de la moitié a moins de 15 ans) qui peuplent une superficie de 1 240 238 km² (le 8ème le plus vaste d’Afrique et le 22ème au monde) dont les deux tiers sont quasi-désertiques.


Berceau de vieilles civilisations et héritier de grands empires africains, le rayonnement du Mali s’est abreuvé de la richesse exceptionnelle de son patrimoine et de la diversité culturelle de ses populations. C’est un pays tolérant, accueillant et attachant dont la tradition d’hospitalité est légendaire. C’est aussi un pays riche de sa jeunesse, de ses terres et de ses ressources minières.
Aujourd’hui, le Mali menacé dans sa cohésion sociale et dans son intégrité territoriale, cherche sa voie face à ses propres contradictions. Celles-ci ont été portées à incandescence en 2012, par la combustion d’une double crise, une rébellion armée au nord du pays et un putsch militaire au sud.




Les raisons de mon engagement​




Face à tant de défis qui étreignent le Mali, et au moment où les autres nations payent de leur sang et de leurs économies pour le sauver, beaucoup d’interrogations me viennent à l’esprit.


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il peine à sortir de la crise la plus grave de son histoire, meurtri dans sa chair et dans son âme ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’il fait partie des six pays les « moins avancés » du monde et est classé parmi les pays les plus corrompus de la planète ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque sa souveraineté est remise en cause, ses fondements déracinés, sa sécurité ébranlée, ses infrastructures amoindries ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’une infime minorité de Maliens soustrait, frauduleusement et régulièrement, des dizaines de milliards de francs CFA des caisses publiques alors que l’immense majorité de la population vit avec moins de 1 euro par jour ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’une cinquantaine de tonnes d’or est extraite chaque année de son sous-sol par les multinationales et que seulement une infime partie de cette richesse revient à l’Etat malien, et presque rien aux populations riveraines ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’on retrouve des milliers de jeunes Maliens,  affamés et apeurés, dans les cales de bateaux et dans les coffres des voitures traversant la Méditerranée, et finissant assez souvent l’aventure dans les fonds des mers, sur les dunes de sable, et au mieux dans les centres de rétention et de détention, en y laissant l’ultime soupir de leur rêve, celui de la quête d’un mieux-être en Europe ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque le patriotisme relève plus du fantasme, du paraître et de la démonstration  que de la conviction et du dépassement ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsqu’après vingt-trois ans d’exercice démocratique, une centaine de partis politiques et des milliers d’associations, la voix du pays profond est inaudible, les institutions sont fragiles et la démocratie chancelante ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, jadis pressenti pour être le « grenier de l’Afrique de l’Ouest » avec deux des plus grands fleuves d’Afrique, le Niger et le Sénégal, irriguant des millions d’hectares de terres cultivables, et que quatre-vingt ans plus tard, le Mali n’arrive même pas à assurer la sécurité alimentaire de sa population ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, alors que des milliers de femmes Maliennes continuent de mourir en donnant la vie et que près du quart des enfants Maliens, auxquels s’ouvraient les promesses de la vie, meurent avant d’atteindre l’âge de 5 ans ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, où près d’un siècle après l’implantation de la première banque, 9 personnes sur 10 ne disposent toujours pas de compte bancaire, et que l’économie nationale n’est financée qu’à hauteur de 20% par le secteur bancaire ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, lorsque les Etats voisins innovent, produisent,  se modernisent, se développent et que nous, nous continuons à nager dans les eaux glauques de la corruption, du sous-développement, de la pauvreté et à prospérer dans la division et la désunion ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, à tomber dans la fatalité et à se dire que « ce pays ne se redressera jamais », et continuer à s’agripper à un pseudo «petit confort » personnel, en refusant d’ouvrir certaines « portes » de peur d’avoir à faire face à la réalité et donc à ses propres responsabilités ?


Comment ne pas s’engager pour son pays, ce beau pays qui nous a donné la fierté indicible d’appartenir à un grand peuple, un grand continent, avec même le privilège et l’honneur d’être Malien et Africain ?


Comment ne pas répondre à la demande d’espoir de son pays par une offre d’engagement citoyen, avec la belle récompense du devoir accompli ?


Comment ne pas s’engager pour le Mali, pour l’Afrique, maintenant et tout de suite ?


Quel pays voulons-nous laisser aux générations futures ? Un pays corrompu, sous-développé et divisé ? Ou un pays en paix avec lui-même et les autres, un et indivisible, uni, prospère et solidaire, démocratique, avec une bonne gouvernance et des institutions fortes, où la majorité gouverne et les minorités sont protégées, où les libertés publiques et individuelles sont garanties et respectées ?
Face à tant d’atouts, d’enjeux et surtout de défis, un seul choix se présentait à moi : m’engager. M’engager pour la cause nationale, l’émergence d’un Mali nouveau. M’engager pour un destin continental, l’éclosion d’une Afrique nouvelle. Nelson Mandela ne m’a guère laissé le choix, lui qui disait : « Il faut savoir s’oublier soi-même pour servir son peuple. » Mon seul parti, c’est le Mali. C’est l’Afrique.


Ce combat, je le veux digne, fort et humain. Les difficultés sont évidentes et doivent être affrontées et vaincues dans un combat homérique. Car, comme l’écrivait Pierre Corneille dans son ouvrage Le Cid, « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».




Gagner seul ou Vaincre ensemble ?




Le logiciel de développement de notre pays n’est plus adapté aux enjeux du monde actuel, d’une Afrique en mouvement. Pire, il est en panne. Il va falloir réinventer, retrousser davantage les manches, prendre des initiatives heureuses et audacieuses, et accélérer la cadence. Le charismatique président américain, John Fitzgerald Kennedy disait : ” Le temps est un outil, pas un lit pour dormir”.
Pour le tribun français Hervé Sérieyx, « rien n’est plus ridicule que le mythe du gagneur, cet individu mirobolant qui traverse la vie, saluant d’un sourire américain aux dents étincelantes les successives victoires de son existence ». A l’évidence, « vaincre ensemble » est la seule option qui vaille pour notre peuple : la formule gagnante pour s’assurer des lendemains plus apaisés.


Mais, attention ! Travailler ensemble ce n’est pas faire tous la même chose. Travailler ensemble ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’oppositions et même de tensions, entre nous ou avec les autres, et que tout doit être linéaire. Ensemble ne veut pas dire que si les 15 millions de Maliens d’aujourd’hui ne partent pas d’un trait, il faut annuler la course au développement. En d’autres termes, il ne faut pas attendre que tout le monde soit d’accord pour démarrer. Dans ce cas, la locomotive ne sortira jamais de la gare. On ne peut pas continuer à enseigner la natation sans jamais toucher à l’eau.


Ensemble veut dire tous ensemble, sans laisser aucun Malien, aucune partie de notre pays sur le carreau, à la merci de la pauvreté et du sous-développement qui sont en réalité les seuls et vrais ennemis du Mali. Les actions peuvent être plurielles – c’est même souhaitable – mais elles doivent être cohérentes car l’objectif est unique : assurer la paix et la sécurité indispensables à l’émergence économique et sociale du Mali. Et, au-delà de l’Afrique. C’est une aventure commune qui donnera naissance à une œuvre collective.




Une ambition collective




La situation est certes complexe et difficile. Et en même temps, elle est porteuse de changements. Les signes d’espérance sont plus forts que les contraintes de parcours. Mais, la solution ne fonctionnera pas à l’envie. Il ne suffira pas d’avoir bien parlé, bien écrit et bien rapporté. Il faut jouer collectif et libérer les énergies. Il faut de l’action, réfléchie et utile, à partir des dynamiques nouvelles et des alternatives crédibles pour une paix durable et un développement accéléré et équilibré. C’est une tâche immense et il est aujourd’hui urgent de s’y engager. C’est une exigence nationale qui requiert la mobilisation de tous. Ne nous embaumons pas d’illusions et dans l’enfermement.


Personne ne fera le développement du Mali à la place des Maliennes et des Maliens. Cela n’est plus une question de choix. C’est une réalité existentielle. A regarder de près la situation du pays et à remonter aussi loin dans son histoire contemporaine, le Mali a un seul gros problème, générateur de toutes ses indigences. Et ce mal a un nom : la Corruption. Comme conséquence de la mauvaise gouvernance et du manque de civisme et de patriotisme. Mais, fort heureusement, le Mali dispose d’un atout réel. Une vraie solution, à portée de main et de bourses : l’Agriculture. Comme un effet de levier, une autoroute de croissance pour l’ensemble des secteurs d’activités. Les ressorts du changement existent. Il faut simplement du courage et de la lucidité politique pour s’en convaincre.
Le prix Nobel de littérature, le dramaturge irlandais George Bernard Shaw disait : « Dans la vie, il y a deux catégories d’individus : ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent : pourquoi ? Ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et qui se disent : pourquoi pas ? »


Mon engagement, à l’instar de celui de milliers de Maliens et d’amis du Mali, s’inscrit dans la verticalité. Il transcende les urgences, les alternances et les variations politiques, et va au-delà des agendas personnels. Il se propose de fédérer les ambitions individuelles en une seule et véritable cause commune, celle du Mali.




L’objectif clairement affiché est de faire du Mali une puissance émergente où règnent la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire. Un pays de stabilité et de sérénité qui maîtrise son changement. Le temps de la responsabilité est donc venu. Avec, celui de la justice, du pardon et du labeur. Car, en vérité, ce qui est important aujourd’hui, c’est le Mali. L’honneur du Mali et le bonheur des Maliens.






Cheickna Bounajim Cissé, extrait de mon ouvrage « Les défis du Mali nouveau » publié par Amazon.

Crises de la vie politique française : à chaque pied son soulier !

(Article publié le 22 juin 2014 par Les Echos (Le Cercle))

En France, les partis politiques sont en ébullition. En ces périodes de turbulence, un automne bruissant s’invite au cœur d’un printemps rebondissant. L’orage gronde dans les chaumières des états-majors politiques. Les feuilles se détachent des arbres, les bras tombent dans les mains, les fourmis s’invitent dans les souliers et les larmes coulent sur les visages. Que les temps sont durs !


La France Nouvelle est en marche. Au menu : le ballet des crises et la montée en force des extrêmes. Et il y a un dénominateur commun à toutes les principales formations politiques : une crise d’identité et de mauvaise gouvernance.

Les affaires s’enchainent avec leur lot de révélations. Le citoyen français, suffisamment exaspéré par une crise économique longue et profonde, exprime sa désaffection pour la chose politique. Le taux d’abstention atteint des niveaux record. Le 25 mai 2014, le paysage politique français a basculé en faveur de l’extrême droite avec le score historique et sans appel du Front National.

L’idéologie est aussi en crise en France. La frontière entre "droite" et "gauche" n’est plus étanche. On migre allègrement d’un camp à l’autre, au gré de ses intérêts et des circonstances. Le Parti Socialiste qui médisait la finance s’est trouvé une nouvelle posture, sociale-libérale, et surtout un nouveau partenaire : la finance !

La droite "décomplexée", à force de serrer sa droite, a fini par phosphorer sur les thèmes nationalistes. Résultat des courses : la digue républicaine a cédé et la bipolarisation a été scellée. Le Front National (FN), auréolé de ses victoires électorales, s’applique à se démarquer de ses lignes traditionnelles, à travers une "stratégie de dédiabolisation" récemment mise à mal par les nouveaux dérapages de son fondateur.

Le parti socialiste (PS) : la crise électorale

En l’espace de deux mois, le PS reçoit deux claques, coup sur coup, une sur la joue gauche et l’autre sur la droite. Au propre comme au figuré. D’abord au propre. Le parti a été lessivé, proprement, lors des deux dernières élections. Aux municipales de mars 2014, il a perdu plus de 150 villes, dont plusieurs emblématiques, au profit de l’opposition.

Comme symbole, Limoges, une ville de gauche depuis 1912 est tombée dans l’escarcelle de l’UMP. Il a aussi perdu son premier ministre dont le successeur n’a pas connu un meilleur résultat électoral lors des Européennes de mai 2014. Le PS, avec 13,98 % des suffrages exprimés, a été relégué à la troisième place, loin derrière le Front National (24,85 %) et l’UMP (20,80 %).

Ensuite au figuré. Un certain nombre d’affaires ont secoué la gauche depuis sa prise de pouvoir. D’abord l’affaire Cahuzac, du nom de l’ancien ministre délégué chargé du Budget, Jérôme Cahuzac accusé de fraude fiscale à travers des comptes détenus à l’étranger. Ensuite l'affaire Morelle. Le 18 avril 2014, le conseiller politique du président de la République et chef du pôle communication à l’Élysée, Aquilino Morelle démissionne de son poste suite à des allégations de "conflits d’intérêts". L’intéressé a nié tout en bloc. Tenez ! Parlant de soulier, Médiapart révèle les "30 paires de souliers de luxe faites sur mesure" de Aquilino Morelle qui invitait régulièrement son "cireur" à l’Élysée pour s’occuper de ses chaussures !

La "République exemplaire" promise par le président de la République à ses concitoyens est atteinte par ces affaires politico-médiatiques. Sa cote de popularité reste à un niveau historiquement bas sous la Ve République. 79 % des Français se disent mécontents de son action politique selon le Baromètre OpinionWay pour Clai-Metronews-LCI publié le 09 juin 2014.

Le Front National (FN) : la crise idéologique

Le Front National qui a toujours fait de l’identité, un thème central de son projet de société doit aujourd’hui se résoudre à faire face à une crise idéologique interne, aussi inattendue que profonde. Le président d’honneur à vie du parti, fraîchement réélu député européen, Jean-Marie Le Pen est officiellement privé de "parole" par sa formation politique.

Quelle est, aujourd’hui, la ligne idéologique du Front National ?

Le Front National est d’abord une affaire de famille, celle de la famille Le Pen qui est à sa troisième, et dans quelques petits mois serait à sa quatrième génération. Pour son patriarche de 86 ans, Jean-Marie Le Pen, sa famille "est une bonne race". En 2011, la présidence du parti d’extrême droite s’est transmise, non sans mérite, de père (Jean-Marie) à fille (Marine).
Avec en perspective, une petite-fille, Marion Maréchal, la "benjamine", la plus jeune députée de l’histoire de la République française et la seule élue de l’Assemblée Nationale encartée au Front national. Il y a aussi le gendre, le compagnon de Marine Le Pen, l’avocat Louis Aliot (vice-président du FN), récemment élu député européen qui complète le quatuor, socle du clan lepéniste.
Le Front National c’est aussi, de plus en plus de milliers d’adhérents et de sympathisants, de toutes les couches sociales françaises. Le vote de défiance ne peut plus être la raison univoque de la montée en puissance du FN dans l’échiquier politique français. Il y a une véritable adhésion aux idées de ce parti basées entre autres sur la préférence nationale et le rejet de l’euro qui vont bien au-delà de la simple sphère de l’extrême droite.

Enfin, le FN avec son exceptionnel et historique score aux dernières élections européennes, a mis fin à la bipolarisation de la vie politique française. Il revendique légitimement le statut de "premier parti de France".

Cependant, il faut être prudent dans l’interprétation des récents résultats électoraux et ne pas se livrer à des conclusions hâtives. En effet, c’est réducteur de penser que sur la base de ces nouveaux enjeux, la conquête de l’Élysée soit acquise au Front National en 2017. Il faut rappeler que l’élection présidentielle, c’est d’abord la rencontre d’un homme et d’un peuple.
Sous ce prisme, Marine Le Pen a encore une longue voie à parcourir et surtout beaucoup de voix à conquérir. Selon un sondage BVA pour Le Parisien publié le 10 mai 2014, près de 7 Français sur 10 (68 %) ont une mauvaise opinion de la dirigeante frontiste, et 78 % ne lui feraient pas confiance si elle devait gouverner le pays.

Dans une interview vidéo diffusée le 06 juin sur son blog hebdomadaire hébergé par le site officiel du FN, l’ex-leader du parti nationaliste renoue avec les "dérapages" en s’en prenant aux artistes qui ont pris position contre le FN (Guy Bedos, Madonna, Yannick Noah et Patrick Bruel). Jean-Marie Le Pen s’en prend au chanteur français d’origine juive Patrick Bruel : "On fera une fournée la prochaine fois", lâche-t-il dans une posture désopilante. Ces propos ont choqué 69 % des Français, selon un sondage BVA.

Jean-Marie Le Pen serait-il devenu un boulet pour sa formation politique ?

Le fondateur du FN est aujourd’hui l’homme politique le plus impopulaire de France. Selon un sondage BVA paru le 15 juin dans Le Parisien, plus de neuf Français sur dix (91 %) ont une mauvaise opinion de Jean-Marie Le Pen. Les sondés le trouvent "extrémiste" (85 %), "raciste" (83 %) et "antisémite" (81 %).
La présidente du FN, Marine Le Pen s’est démarquée des propos incriminés de son père en les qualifiant de "faute politique". Le blog de Jean-Marie Le Pen a été retiré du site officiel du FN. L’avocat du parti évoque des "raisons juridiques" à cette décision.

Pour autant, l’ex-leader frontiste ne s’est pas démonté. Il a récemment créé son propre site et y a hébergé la vidéo querellée. Il compterait peser de tout son poids sur l’électorat frontiste en novembre prochain lors du congrès du FN. Décidément, l’automne sera chargé et tourmenté.

L’Union pour un mouvement populaire (UMP) : la crise de leadership

Depuis près de deux ans, après le retrait de Nicolas Sarkozy consécutif à sa défaite électorale, l’UMP se cherche un leader. Avec une dizaine de présidentiables, affichées ou suscitées, le parti traverse la crise de leadership la plus grave de son histoire, sur fond de mauvaise gouvernance.
L’ombre de Nicolas Sarkozy continue de planer sur le parti. Au vu des sondages et des déclarations tonitruantes de ses partisans et cercles d’amis, l’ancien président de la République serait "l’homme providentiel", celui qui est capable de sauver l’UMP.

À la crise de leadership qui couvait depuis bien longtemps au sein du parti conservateur, est venue se greffer une autre qui lui a porté l’estocade : la crise de gouvernance. L’affaire dite "Bygmalion" a été l’évènement accélérateur, la petite goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà plein. Il est reproché à l’UMP et à ses dirigeants des faits présumés graves : surfacturations, fausses facturations, double facturation… Les paroliers africains n’ont-ils pas prévenu : "Ne montez pas sur l’arbre de la transparence, si votre pantalon est troué !"

De quoi s’agit-il ? L’affaire Bygmalion tourne autour de l’agence de communication éponyme (et sa filiale Events & Cie), qui aurait, semble-t-il, mis en place un montage financier (double facturation, surfacturation, sous-facturation…) avec son client, l’UMP, pour masquer les dépassements sur les comptes de campagne du candidat Nicolas Sarkozy lors des présidentielles de 2012.
Selon les informations relayées par les médias français, l’UMP aurait pris en charge des dépenses importantes facturées par Bygmalion qui auraient dû être imputées au compte de campagne de leur candidat. Médiapart avance un dépassement abyssal de 17 millions d’euros. Il faut cependant être prudent et attendre la fin des investigations. L’institution judiciaire s’est saisie de l’affaire.
Le 27 mai 2014, Jean-François Copé pressé par une conjoncture difficile (défaite électorale aux Européennes) et une conjecture pesante (entretenue par les ténors du parti et les médias suite aux révélations en cascade dans l’affaire Bygmalion), démissionne de la présidence du parti après l’avoir dirigé pendant vingt mois. "Zorro", pour ses collaborateurs, qui n’a jamais fait mystère de ses ambitions élyséennes a finalement démissionné de la présidence de son parti. Il continue de clamer son innocence, "les yeux dans les yeux" pour reprendre une expression consacrée non encore démodée dans l’Hexagone.

En attendant, l’UMP est dirigée, depuis le 15 juin, par une direction collégiale transitoire, composée des anciens Premiers ministres Alain Juppé, François Fillon et Jean-Pierre Raffarin, après un vote unanime du bureau politique du parti. Ce triumvirat, assisté de Luc Chatel au poste de secrétaire général, restera en poste jusqu’à la tenue du congrès extraordinaire prévu au plus tard en novembre 2014. Là aussi, l’automne s’annonce agité.

Conclusion

La vie politique française n’a pas fini de nous fasciner. Elle s’inscrit dans un incroyable feuilleton dont les récents évènements ne constituent qu’un épisode. L’ancien premier ministre, François Fillon le dit mieux : "En politique, il n’y a jamais la fin de l’histoire."

À quand la rédemption ? Aucun, vainqueur comme vaincu, ne sait plus à quel saint se vouer. Chacun scrute le temps avec confiance, méfiance et défiance. Ce mélange de psychodrames, fait de doute et d’espoir, est-il le prélude à un automne mouvementé et historique ? Les Français attendent de leurs gouvernants des actes concrets et immédiats qui puissent changer leur quotidien et éclairer l’horizon.


Cheickna Bounajim Cissé

Mondial 2014 : la «faim» justifie-t-elle les moyens ?

(Article publié le 12 juillet 2014 par Financial Afrik)


Le 24 juin, lors du match Uruguay-Italie, Luis Suarez mord, à pleines dents, l’épaule du défenseur italien Giorgio Chiellini. L’international uruguayen, qui est à sa troisième morsure de sa carrière, est lourdement sanctionné par la Fifa. Les mordus du foot accusent le coup. Ils garderont longtemps une grosse dent contre le feu follet des Reds. Retour sur cette actualité mordante et croquante.




Luis Alberto Suarez Diaz, à l’état civil, plus connu sous le nom de Luis Suarez et surnommé « El pistolero », est l’attaquant vedette de la Celeste uruguayenne. Il a eu une saison sportive très faste avec son club Liverpool. Il a été le meilleur buteur du championnat anglais et a été élu meilleur joueur par ses pairs et la presse.


A 27 ans, c’est un joueur d’exception qui sait tout faire sur un terrain de football. Autant avec ses pieds, sa tête, ses mains et ses dents. Il marque de superbes buts. Il arrête le ballon comme un gardien de but. Il profère quelques propos malveillants. Et ce n’est pas tout. Il mord tout ce qu’il peut attraper par les dents. Tout, ou presque, de ses adversaires est bon à croquer : cou, bras, épaule.

Des dents en « or massif »

Le 24 juin 2014, Luis Suarez trompe la vigilance de l’arbitre en mordant l’épaule de l’international italien Giorgio Chiellini. La Fédération internationale de football association (Fifa) n’a pas hésité à avoir la main lourde. Sa commission de discipline, habilitée à sanctionner des infractions ayant échappé à l’arbitre, n’a pas accordé de circonstances atténuantes au joueur uruguayen, au vu des images vidéo accablantes du geste querellé, et probablement des antécédents défavorables du joueur récidiviste. Il a été suspendu neuf matchs avec l’équipe nationale uruguayenne et privé quatre mois de toute activité dans le football.

Les dents de Luis Suarez risqueraient d’être les plus chères au monde. L’empreinte qu’elles ont laissée sur l’épaule du défenseur de la Squadra Azzura pourrait coûter au bas mot 3,7 millions d’euros à l’attaquant vedette de Liverpool. Cette petite fortune est l’équivalent de 107 kg d’or. C’est aussi le salaire annuel de près de 250 anglais (plus de 22 équipes de football) émargeant au Smic !
Quelle désolation pour son pays, l’Uruguay, grande nation de football qui fut la première équipe détentrice du trophée de la Coupe du monde en 1930 ! Quelle perte pour son nouveau club, Barcelone, qui va rater le premier tiers de la saison sans son buteur patenté ! Quelle tristesse pour les fans de la star uruguayenne !

Marque de fabrique : la morsure

Luis Suarez n’est pas à son coup d’essai. C’est un multirécidiviste, un habitué de la morsure. Il collectionne les bévues et les maladresses. Son évolution est protéiforme. Selon le quotidien anglais the Daily Star rapporté par le site butfootballclub.fr, il a déjà mordu cinq autres joueurs du temps où il évoluait en Uruguay. Si l’on en croit cette information, le décompte des morsures du virevoltant attaquant de la Celeste va bien au-delà des trois citées officiellement.

Première morsure : le cou d’Otman Bakkal

Le 22 novembre 2010, lors d’un derby du championnat néerlandais, entre et l’Ajax d’Amsterdam et le PSV Eindhoven, Luis Suarez mord au cou le joueur marocain du PSV, Otman Bakkal.
Le « mordeur » écopera d’une suspension de sept matchs de championnat, infligée par la fédération hollandaise de football. Il lui sera attribué le sobriquet peu flatteur de « cannibale de l’Ajax » par le quotidien Amstellodamois De Telegraaf.

 Deuxième morsure : le bras de Branislav Ivanovic

Le 21 avril 2013, lors du match de Premier League opposant Liverpool à Chelsea, l’enfant terrible du football uruguayen remet le couvert. Il mord le bras du défenseur des Blues, Branislav Ivanovic.
Plus tard, Luis Suarez se confondit en excuses sur son compte Twitter: « Je suis triste de ce qui s’est passé cet après-midi. Je présente mes excuses à Ivanovic et au monde du football pour mon comportement impardonnable. Je suis désolé !! » La fédération anglaise lui inflige une suspension de 10 matchs pour ce geste pour le moins inapproprié.

Troisième morsure : le cou de Georgio Chiellini

Le 24 juin 2014, lors du dernier match de qualification du groupe D du Mondial brésilien, Luis Suarez rebelote. En pleine surface de réparation adverse, il plante ses dents dans l’épaule du défenseur italien Georgio Chiellini. On jouait à la 80ème minute et le score était nul entre l’Uruguay et l’Italie. Malgré la protestation très « fair-play » du joueur transalpin montrant les traces de morsure sur son épaule, l’arbitre ne daigna pas sanctionner la faute. Et ce n’est pas la première fois que le buteur des Reds échappe à la vigilance de l’arbitre.
La Fifa se saisit de l’affaire. Elle inflige à Luis Suarez une sanction exemplaire : suspension de 9 matchs internationaux et interdiction de jouer pendant 4 mois. Cerise sur la morsure : une amende de 100 000 francs suisses, soit environ 82 000 euros. C’est la plus lourde sanction de l’histoire de la coupe du monde. L’attaquant des Reds ne pourra reprendre le chemin des terrains qu’à la fin du mois d’octobre prochain.
Après avoir nié en bloc qu’il ait mordu un adversaire, Luis Suarez s’est finalement repenti dans les réseaux sociaux : « Après plusieurs jours passés à la maison avec ma famille, j’ai pu retrouver mon calme et réfléchir à ce qui s’est vraiment passé lors du match Italie-Uruguay, le 24 Juin 2014. Indépendamment des retombées et des déclarations contradictoires qui sont apparues au cours de ces derniers jours, qui ont toutes été sans l’intention de nuire à la bonne performance de mon équipe nationale, la vérité est que Giorgio Chiellini a souffert physiquement d’une morsure qui était le résultat d’un choc avec moi. Je regrette profondément ce qui s’est passé. Je m’excuse auprès de Giorgio Chiellini et de toute la famille du football. Je promets au public qu’il n’y aura plus jamais un autre incident comme celui-ci. » Dont acte !
Selon le site rtl.be citant le journal britannique Daily Mail, le FC Barcelone s’intéresserait à Luis Suarez. « L’attaquant uruguayen pourrait gagner 50 millions d’euros pour jouer 5 ans à Barcelone – mais seulement s’il accepte une “clause spéciale anti morsure” ». Cette disposition « rarissime » couvrirait le club catalan de tout préjudice éventuel qui naîtrait d’une nouvelle récidive de Suarez « à la fois sur et en dehors du terrain ».

Le football : le business d’abord ?

L’antijeu de Luis Suarez a créé le buzz sur le net. La presse et les réseaux sociaux s’en régalent. Dans le business du football, on ne jette rien. Tout est bon pour faire du fric. Certaines sociétés de jeux et de restauration rapide se sont emparées de l’incident pour en faire un levier promotionnel de leurs produits. « Salut Luis Suarez, s’il vous vient une petite faim, venez croquer une bouchée de Big Mac » s’épanche la filiale uruguayenne de la firme américaine dans un tweet vu par plus de 78 000 personnes !

 Le football n’est plus simplement un plaisir. Cette dimension a été reléguée au troisième plan, comme le dessert. Et l’apéro, c’est la communication tous azimuts. Le vrai plat de résistance c’est la finance, l’argent-roi. Même la Fifa, l’instance internationale de régulation, n’est pas à l’abri des scandales financiers. Les conditions d’attribution au Qatar de l’organisation du Mondial 2022 font toujours jaser avec de forts soupçons de corruption.

- Les activités de billetterie lors de la phase finale de la Coupe du Monde, jadis l’essentiel des recettes de la Fifa, ne représentent aujourd’hui qu’une mince partie de ses revenus. L’instance internationale engrange pas moins de 16 milliards de dollars de revenus auprès de ses différents sponsors. C’est l’équivalent des recettes budgétaires annuelles des huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

 - Selon le dernier classement annuel du cabinet d’audit et de conseil Deloitte, publié le 23 janvier 2014, les revenus cumulés des 20 clubs les plus riches du monde totalisent 5 393 millions d’euros. C’est l’équivalent du PIB de trois pays de la Zone Franc : le Togo, la Centrafrique et les Comores.

- Selon la presse spécialisée, Wayne Rooney pourrait être le prochain joueur le mieux payé au monde avec un salaire annuel de 18 millions d’euros (soit juste 1 million d’euros plus que Cristiano Ronaldo et 2 millions plus que Lionel Messi). Si la revalorisation de son contrat se confirmait, l’attaquant vedette de Manchester United touchera environ 2 142 euros par heure, soit presque deux fois le salaire mensuel d’un smicard de ce pays !

- En septembre 2013, le Réal de Madrid pour s’offrir les services du jeune milieu de terrain de Tottenham, Gareth Bale, aurait déboursé la somme record de 100 millions d’euros, faisant ainsi de l’international gallois le joueur le plus cher du monde et non le mieux payé du monde. Il ne perçoit que 15 millions d’euros par an !

Un geste inacceptable mais pardonnable

 Quand des millions de jeunes enfants, amoureux du ballon rond, laissent tout – même l’école – pour s’adonner à leur passion, en collectionnant posters, maillots et autographes des stars du football, en adoptant leur nom et en imitant leurs gestes, on ne peut pas minimiser l’anti-jeu de Luis Suarez. Que leur écrire ? Que leur dire ? Que mordre fait partie du football ? Que si tu as une petite « faim » en plein match, tu peux mordre ton adversaire ? Ou que la morsure est un « accident » qui fait partie des aléas du football ? En un mot comme en mille, qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ?
Bien sûr que non, ces arguments ne sont pas recevables. Comme le dirait l’autre, on ne peut pas tout pardonner au talent. A ce niveau de sollicitude, l’international uruguayen a intérêt à maîtriser ses pulsions et à se doter d’autres « coupe-faim ».

C’est vrai qu’on oublie souvent que les stars de football sont d’abord des joueurs, certes bien payés et très en verve, mais des joueurs qu’à même. Et avant, pendant et après, des humains. Avec des comportements, des attitudes, des réflexes d’humain. Et là, l’argent et la gloire ne peuvent rien face à l’intensité de l’engagement. Bien au contraire, ils mettent de la pression, exacerbent les passions et n’autorisent pas la compassion. Tant pis pour les caméras indiscrètes, les ralentis vidéo, les oreillettes des arbitres, les yeux de lynx et les âmes sensibles !

 Il faut donc reconnaître qu’avec les assauts répétés des nouvelles technologies, le football – sa pratique et son encadrement – n’est plus ce qu’il était il y a quelques décennies. Pour les Pélé, Eusobio, Salif Keïta et autres pratiquants de leur génération, le football était d’abord un jeu avant d’être un enjeu. Un sport sain où la joie, le plaisir, la solidarité et le fair-play étaient toujours au rendez-vous. Bien avant l’argent roi, le football business.

Aujourd’hui, les gestes et les humeurs des joueurs sur la pelouse sont épiés par des milliards d’internautes, des millions de téléspectateurs, des milliers de spectateurs, des centaines de spécialistes, des dizaines de caméras aussi minuscules que grotesques. A tel point que les joueurs, pour s’offrir quelques instants d’intimité entre eux, échangent par litote en mettant la main devant la bouche. Peut-être qu’au prochain millénaire, les footballeurs resteront aux vestiaires et leurs esprits « competiront » sur le terrain, comme par désenchantement !

Conclusion

La morsure inacceptable et récidivante de Luis Suarez restera une des images fortes de ce Mondial 2014. Un incident que l’on veut vite oublier. Tout comme la fracture à une vertèbre du jeune prodige brésilien Neymar privé de son rêve de monter sur le toit du monde. Et l’Espagne, champion du monde en titre ? Eliminée dès la phase de poule, la sélection espagnole a terminé au funeste rang de 23ème sur 32 équipes en lice, non sans avoir été battue 2 à 0 par une surprenante équipe chilienne qui se qualifia pour le second tour.
Si la vache est maigre pour la Roja, elle n’est pas non plus grasse pour les équipes africaines. Leur piètre performance collective est à l’image de l’état du continent : beaucoup de potentialités et peu de résultats probants. En 44 ans de participation à l’événement mondial, l’Afrique n’a pas réussi à placer une seule équipe dans le dernier carré d’as.
Quoi de mieux que de graver sur l’airain l’incroyable parcours du petit poucet du groupe « de la mort », le Costa Rica. Les Ticos ont réussi à se hisser à la première place de leur poule, laissant pantois les champions du monde italiens, uruguayens et anglais.

Quelle belle image que celle qui nous a laissée cette sympathique équipe colombienne. Les Cafeteros, éliminés en quart de finale, pourraient décrocher le titre de meilleur buteur (James Rodriguez avec 6 buts) et de meilleur passeur de la compétition (Juan Guillermo Cuadrado avec 3 passes décisives). Comment aussi ne pas retenir, dans cette prolifique compétition, les exploits de ces gardiens de but qui nous ont émerveillés par leurs arrêts spectaculaires ? Que dire de l’historique déculottée infligée par la Mannschaft à une méconnaissable équipe brésilienne, tétanisée par l’enjeu : 7 buts à 1.

Mais, dimanche 13 juillet sera un autre jour. Une pétillante finale de coupe de monde Argentine-Allemagne attend la planète football. Et ça, ça va accrocher !




Cheickna Bounajim Cissé

Conflit Israël-Palestine : voir le monde et mourir !

(Article publié le 16 juillet 2014 par Les Echos (Le Cercle) et MENA post)


Depuis le 08 juillet, le gouvernement hébreu abat un déluge de feu sur la bande de Gaza. A l’indifférence totale de la communauté internationale qui n’est pas plus bruyante qu’une calebasse remplie d’eau. En ce mois sacré de Ramadan, l’opération « Bordure protectrice » lancée par Tsahal a fait, à ce jour, 186 morts palestiniens majoritairement des civils. Aucun mort israélien n’a été enregistré.




Le 30 juin 2014, trois adolescents israéliens enlevés, ont été retrouvés morts en Cisjordanie. En rétorsions, un jeune palestinien est kidnappé le 1er juillet à Jérusalem-Est, torturé et brûlé vif.
Ces deux évènements ont mis le feu aux poudres. Les Palestiniens se sont soulevés en lançant des jets de pierre et des roquettes artisanales sur le territoire israélien. Le prétexte était suffisant à l’Etat hébreu de découdre une nouvelle fois avec le Hamas qualifié de « groupe terroriste ». D’autant que l’annonce de la réconciliation entre les frères ennemis, de l’Autorité Palestinienne et du Hamas, a été pour Israël la bouffée de vapeur qui a fait sauter le couvercle. En somme, une arrête coincée dans la gorge du gouvernement israélien qui a suspendu, à la suite, sa participation aux pourparlers de paix relancés en juillet 2013.


Halte au carnage !


L’opération « Bordure protectrice » est ainsi lancée par Tsahal. Il s’en est suivi, comme en pareille circonstance, un usage disproportionné de la force par l’armée israélienne. Les raids aériens et les tirs d’artillerie se sont multipliés sur la bande de Gaza, libérée par Israël en août 2005 et sous contrôle du Hamas depuis juin 2007. Ce morceau de terre de 360 km², bondé de vies humaines et tenaillé entre Israël et l’Egypte, est soumis à un blocus total par le gouvernement hébreu qui l’a déclaré « entité hostile » en septembre 2007.


Au huitième jour des frappes, le funeste bilan approche inexorablement la barre fatidique des 200 morts du côté palestinien.


Le président de l’Autorité Palestinienne a appelé le Hamas à l’arrêt des violences et a conjuré l’aide et la protection de la communauté internationale face au drame de son peuple. Les seuls pays qui osent sortir du lot envoient de l’aide humanitaire. Les médias, soucieux d’assurer une couverture équilibrée du conflit, tentent tant bien que mal à mettre face à face les milliers de bombes israéliennes aux dizaines de roquettes artisanales palestiniennes, les centaines de morts palestiniennes à quelques blessés israéliens.


Mais, les images insoutenables parlent d’elles-mêmes. Quelques dizaines d’Israéliens confortablement assis à Sdérot, popcorn à la main, applaudissent le spectacle en « live » livré par leur armée, depuis leur point d’observation surplombant Gaza ! Les raids succèdent à la détonation des bombes. L’artillerie entonne. Le sang des dizaines d’enfants innocents coule à flot. Les lambeaux de leur chair s’entremêlent aux débris des ruines de leurs maisons réduites en poussière. Le témoignage décapant des mères de famille éplorées détonne. L’errance de la population de Gaza se poursuit.
Israël a droit à se défendre. C’est une posture normale et légitime.


Et la Palestine ? A-t-elle l’obligation de subir ? Si les kamikazes, ces « bombes humaines » et leurs mandants, sont des terroristes, que dire de ceux qui au mépris du droit international larguent par centaines des bombes sur des populations civiles innocentes, tuant femmes et enfants, éventrant les lieux de vie en y laissant pleurs, désolations, veuves et martyrs sur leur sillage ? Pour la communauté internationale, Israël use de son « droit à l’autodéfense ».


Francis Blanche a donc raison : « Dans le fond de l’eau, chacun dîne d’un plus petit que soi ».


Où est le monde ?


Où est l’Organisation des Nations unies (ONU), cette organisation internationale de « véto » de 5 Etats superpuissants et de « résignation » de 188 Etats moins pourvus ? Où sont-ils les « gendarmes du monde », si prompts à mettre au pas, manu militari et illico presto, les « coupables récalcitrants » ? Aidez-moi à les retrouver ou ce qui en reste ! Que dites-vous des innombrables résolutions onusiennes qui n’ont jamais été appliquées par Israël ?


Souffrez que je vous en rappelle seulement une douzaine : Résolutions 181 (1947), 194 (1948), 242 (1967), 338 (1973), 1322 (2000), 1397 (2002), 3236 (1974), 3376 (1975), 3379 (1975), 4686 (1991), sans oublier la résolution l’assemblée générale de l’ONU “Règlement Pacifique de la Question de Palestine”, remise au goût du jour chaque année, réitérant à Israël de se retirer des territoires occupés de la Palestine y compris Jérusalem Est. En vain !


Et pourtant, pour moins que, les dirigeants africains sont menottés et renvoyés devant la cour pénale internationale (CPI) s’ils ne sont pas simplement désignés « persona non grata» par ceux-là même qui ne reconnaissent par l’autorité de la « chose jugée ». Où sont la justice et l’équité au service des peuples ?


Le politologue Rex Brynen, expert du Moyen-Orient à l’Université McGill résume la situation : « Non, mis à part répéter ce que Ban Ki-moon a déjà dit – qu’il faut faire preuve de retenue, ne pas impliquer les civils -, le Conseil de sécurité ne peut pas faire grand-chose. »


Où est l’Union Africaine ? Aidez-moi à retrouver ce regroupement de chefs d’Etat africains, dont une bonne partie est plus soucieuse de s’éterniser au pouvoir en muselant l’opposition et en cisaillant la constitution de leur pays, que de promouvoir la paix sur leur continent ensanglanté et dans le monde éprouvé !


Où sont les dirigeants arabes ? Où est la Oumma islamique en ce mois béni de Ramadan ? Aidez-moi à leur dire un mot sur le martyr de leurs frères en religion !


Où est le monde libre, épris de paix et de justice ? Où sommes-nous, à assister dans l’indifférence presque totale à l’assassinat d’un peuple opprimé ?


Regardez le monde et laissez couler vos larmes sur ces nappes d’eau blanches émaillées de couleur qu’est olympe et longées de trait qu’est feu.


La communauté internationale, totalement transparente, laisse échapper de temps à autre quelques communiqués à peine audibles. Dans une déclaration, le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies a mis en garde Israël sur des violations éventuelles des lois de la guerre : « Nous avons reçu des rapports troublants sur le fait que nombre de victimes civiles, y compris des enfants, sont le résultat de frappes sur des maisons ».


Appréciez la position officielle de la France par la voix de son ministre de la Défense : « Nous condamnons les tirs de roquettes qui se sont produits de la part du Hamas sur la population civile israélienne mais nous demandons aussi à Israël de faire preuve de mesure dans sa riposte et en particulier de respecter le droit international et de faire en sorte que les victimes civiles soient épargnées ».


Dimanche dernier, Israël a commencé à appliquer les consignes de ses partenaires occidentaux en distribuant des tracts à la population gazaouie. Pour faire simple : « Sortez de vos maisons pour que nous les bombardons ! »
Quel scandale à ciel fermé ! Les paroliers africains disent : « On peut cacher une pintade sous les herbes mais on ne peut jamais cacher son cri ». Le cri de détresse des enfants, des hommes et des femmes de la Palestine s’invite à notre conscience collective. Et nous avons le choix : l’inertie ou l’action.


Le chemin de la vérité


Autorisons-nous à rappeler aux différentes parties ces paroles sages du Mali profond : un dirigeant doit avoir la maitrise de quatre  pouvoirs : savoir et pouvoir tolérer, voir et pouvoir tolérer, entendre et pouvoir tolérer, enfin être capable et pouvoir tolérer.


Le chemin de la paix est difficile. Il le sera encore. Mais il n’est pas hors de portée. Surtout si la volonté des deux peuples, israélien et palestinien, est de vivre en paix et en sécurité. Les Palestiniens doivent reconnaître le droit des Israéliens à vivre sur leurs terres internationalement reconnues. Israël doit libérer les territoires occupés et se résoudre à vivre à côté d’un Etat palestinien viable, libre et indépendant. Voilà la vérité. Au-delà de tout conformisme et suivisme.


On peut ne pas être d’accord – et même condamner la méthode de lutte des groupes armés palestiniens ; mais, il est difficile de dénier le droit à un peuple occupé, agressé, embastillé et tenaillé, à se défendre – fusse avec le duvet du colibri d’Elena – et à recouvrir sa liberté, sa dignité et son honneur. Que trop de souffrance face à peu d’espoir !


Rien n’y fit même pas le prix Nobel de la paix décerné le 12 décembre 1994 à Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat. Le seul survivant des récipiendaires, Shimon Peres est aujourd’hui le chef de l’Etat israélien.
Au peuple martyr de Palestine, cessez de lancer des projectiles et des pierres contre votre agresseur. Arrêtez la résistance ! Entrez en vos demeures ! Mourez en paix et en entier. Le monde vous a déjà tué. L’histoire en témoignera.


Au peuple juif d’Israël, vivez en paix avec vos frères musulmans de céans et de la Palestine. Vous adorez le même Dieu. Il est unique. Il voit tout, entend tout et sait tout. Par Sa puissance, Il peut tout faire. Et par Sa sagesse, il S’est abstenu à ne pas tout faire. Partageons ensemble cette belle pensée de Thucydide  (5e siècle avant J.C.) : « Ce ne sont pas les murs qui protègent la citadelle, mais l’esprit de ses habitants ».


Une cohabitation difficile mais nécessaire


Est-il besoin de rappeler que la Terre n’est la propriété de personne. Tout peuple a droit de vie sur cette terre : les Israéliens comme les Palestiniens. Mais ce qui se passe dans la bande de Gaza, aujourd’hui comme hier, n’est pas digne du monde que nous avons hérité et que nous laisserons en héritage aux générations futures.


Les peuples de Palestine et d’Israël doivent vivre côte à côte. Trop d’années à des pourparlers, négociations, conférences, sommets, pseudo-accords entre les dirigeants des deux peuples sans résultat tangible. Beaucoup de négociateurs, de médiateurs s’invitent dans le conflit israélo-palestinien sans efficacité prouvée.


Aux deux peuples, je leur dirai : « La fatigue revient toujours aux danseurs et non aux joueurs de tam-tam ». Il est clairement établi que le logiciel est périmé. Il va falloir le changer. Et la meilleure façon c’est de laisser les deux peuples, lassés de 66 années de conflit, se parler, discuter et convenir d’un « vivre ensemble ». En un mot comme en mille, il faut que « le train de la paix quitte définitivement la gare » pour ainsi reprendre une métaphore d’un diplomate onusien.
L’usage excessif de la force militaire par Israël contre le peuple palestinien est intolérable. La violence des deux côtés, israélien et palestinien, doit être condamnée sans réserve par la communauté internationale. C’est une menace pour la paix dans le monde. Il est urgent de mettre fin à cette escalade.


Le raidissement des positions des dirigeants des deux peuples ne peut qu’être un terreau fertile aux groupes extrémistes juifs et islamistes. Il faut de la tenue et de la retenue. Personne ne sortira victorieuse de cette énième confrontation. Mais les perdants seront nombreux. Et les conséquences incalculables.



Cheickna Bounajim Cissé

Nicolas Sarkozy au secours de la bancarisation en Afrique: voir l'Afrique et vivre éternellement!

(Article publié le 03 août 2014)


Le 25 juillet 2014, s'est tenue à Brazzaville la troisième édition du Forum Forbes Afrique avec comme thème: "Les défis de la bancarisation: construire le modèle Africain". L'ancien président français Nicolas Sarkozy était l'invité surprise de la rencontre. Sa présence en ces lieux et le montant de sa prestation tarifée soulèvent plusieurs questions.

Près de deux siècles après l'implantation des premières agences bancaires dans les pays africains, l'Afrique est la région la moins bancarisée au monde. Neufs Africains sur dix n'ont toujours pas accès aux services bancaires. La troisième édition du Forum économique de Brazzaville avait comme thème: "Les défis de la bancarisation: construire le modèle Africain".


La grande vedette de cette rencontre a été sans nul doute Nicolas Sarkozy. L'ancien chef d'Etat français, récemment mis en examen par la justice de son pays pour "corruption active, trafic d'influence et recel de violation du secret professionnel" dans le cadre d'une enquête sur un trafic d'influence présumé, a écourté ses paisibles vacances afin de se rendre à Brazzaville. Selon le journal français L'Express, il toucherait pour sa participation au Forum "à titre d'"ami", 100.000 euros".
Autorisons-nous deux questions: Nicolas Sarkozy possède-t-il les qualifications requises pour faire une intervention à ce forum? Serait-il l'un de ses nombreux spécialistes de l'Afrique?


- Les compétences bancaires de Nicolas Sarkozy?


De tous les sites Internet qui proposent la biographie de Nicolas Sarkozy, j'ai choisi le site le plus partisan, celui de l'association de ses amis. Le choix de ce site "de valorisation de l'action et du parcours de Nicolas Sarkozy" est une façon de me rassurer de la complétude de ma démarche. De ce que j'ai pu lire, je n'ai trouvé aucun élément qui puisse prouver ses qualifications bancaires. Ni du point de vue académique, ni du point de vue professionnel, encore moins au niveau de la production intellectuelle.


- Nicolas Sarkozy est-il un expert de l'Afrique?


Le 26 juillet 2007, devant un parterre d'étudiants, d'enseignants et de personnalités politiques réunis à l'université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, Nicolas Sarkozy en sa qualité de chef d'Etat français a prononcé une allocution très controversée, connue sous le nom de "Discours de Dakar". Voici un extrait de cette intervention: "Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire. (...) Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. (...) Le problème de l'Afrique, c'est qu'elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l'enfance. (...) Le problème de l'Afrique et permettez à un ami de l'Afrique de le dire, il est là." Quelle humiliation pour l'Afrique !
Sa méconnaissance de l'histoire africaine n'est plus à démontrer. Même si une vingtaine d'intellectuels et universitaires africains ont cru devoir lui répondre dans un ouvrage collectif : "L'Afrique répond à Sarkozy: Contre le discours de Dakar". Le 6 avril 2009, sa compatriote et adversaire politique Ségolène Royal déclara à Dakar: "quelqu'un est venu ici vous dire que "l'homme africain n'est pas entré dans l'Histoire". Pardon pour ces paroles humiliantes et qui n'auraient jamais dû être prononcées et qui n'engagent pas la France."


Que cache le cachet?


Si l'information de l'Express se confirmait, Nicolas Sarkozy aurait perçu pour moins d'une heure d'intervention l'équivalent du salaire moyen (SMIG à 90 000 FCFA, 2012) de 730 Congolais. Dis autrement, un smicard congolais travaillerait plus de 60 ans avant de toucher ce que l'ancien président français aurait empoché en une heure de prestation sur le sol congolais.


100.000 euros c'est l'équivalent de la consommation alimentaire (en riz de qualité) d'une famille africaine (avec une moyenne de 7 personnes) pendant 183 ans. Le temps nécessaire pour que l'Afrique puisse doubler son taux de bancarisation (de 10% à 20%).


Je vais forcer le trait en contextualisant l'image. Cent mille euros représentent le salaire qu'un dirigeant d'une banque africaine, de 25 ans d'expérience, perçoit en 4 ans de dur labeur. Sous un autre angle, la rondelette somme représente le salaire mensuel de 50 banquiers africains passionnés par leur métier et maîtrisant leur marché, qui n'ont pas eu la chance de figurer dans la short-list des "VIP" du Forum.

Quoi qu'il en soit, Nicolas Sarkozy a bien apprécié son séjour brazzavillois. Il aurait affirmé que "parler en public ça peut donner des idées". Voilà qui est bien dit et noté.


Le miroir déformant


Le forum a réuni autant d'intervenants africains (dont une dizaine de chefs d'Etat) que d'invités non africains. Attardons-nous sur ces deux groupes et osons deux questions: combien sont les panélistes africains qui détiennent des comptes à l'étranger et avec des avoirs qui sont déclarés au fisc de leur pays? Combien sont les invités étrangers qui entretiennent des comptes en Afrique? Pour dire vrai, je n'ai pas la réponse. Mais j'ai quelques indices.

En Europe, une législation claire et stricte encadre parfaitement la détention de comptes bancaires à l'étranger afin de parer à tout risque de blanchiment de capitaux. Par exemple, l'ouverture et la détention d'un compte bancaire à l'étranger par une personne physique domiciliée et établie en France sont parfaitement légales. Mais la loi prévoit une obligation de déclaration à l'administration fiscale. Ainsi, les sommes détenues sont fiscalisées comme si elles étaient perçues en France.


Pour ce qui est de l'Afrique, la situation est simple et complexe. Tout est dans les textes mais rien -ou presque rien- ne tombe dans la cagnotte publique. Jugez-en vous-même! Selon Thabo Mbeki, la fuite des capitaux coûte chaque année entre 50 et 60 milliards de dollars à l'Afrique, soit quatre fois l'intervention du groupe de la Banque Mondiale sur le continent qui a été de 14,5 milliards de dollars en 2013. Et la destination finale de cette somme colossale est le secteur bancaire étranger. Qui contribue à la bancarisation de qui? Qui finance l'économie de qui?


Avec ce montant, en raison d'un investissement surestimé de 100 millions de francs CFA (environ 152.000 euros) par guichet bancaire, les banques pourraient étoffer leur réseau de distribution de l'ouverture de près de 26.000 agences par an (plusieurs fois le stock actuel). Sur cette base, et avec une moyenne de 4.000 clients par agence, il y aurait plus de comptes bancaires en Afrique que d'âmes qui y vivent. Il faut rappeler que la norme internationale est de 5000 habitants pour un guichet. Dans la zone UEMOA, le ratio est d'une agence pour 54.000 personnes. En France, il est actuellement de 1712.


Conclusion


Que nous arrive-t-il? Avons-nous tiré toutes les leçons du passé? Ainsi s'indignait récemment un dignitaire religieux malien s'adressant aux autorités politiques de céans. Je ne peux que me retourner la même interpellation. Qu'avons-nous fait de l'Afrique, cette vieille dame au silence écouté, qui nous a tout donné et à qui nous avons tout refusé?


Les oreilles des populations africaines ont été tellement travaillées par les gouvernants et les intellectuels à coup de fausses promesses, de fausses vraies réalisations distillées à travers meetings, forums, sommets que je doute qu'elles puissent encore entendre. Pour réinstaller la confiance, il sera utile de faire appel à des "orthophonistes" d'un tout autre genre.


Et des alternatives existent. Par exemple, si les Africains accordaient un moratoire d'une année à l'Afrique, en arrêtant de faire sortir illégalement l'argent du continent et en l'investissant dans la promotion de la bancarisation, l'Afrique serait sur-bancarisée. Par contre, si la tendance actuelle se poursuivrait (standalone), l'Afrique mettrait cinq siècles pour bancariser seulement la moitié de sa population. Et pour couvrir l'ensemble du continent, le rendez-vous serait en l'an 3014!


Alors, il ne nous reste plus qu'à prier pour que nous ayons la vie éternelle ici-bas. Le général De Gaulle ne disait-il pas sur cette même terre africaine de Brazzaville, un certain 30 janvier 1944, que "vivre chaque jour c'est entamer l'avenir". Alors, vivons pour l'éternité!